BloguesLe blogue de Pierre-Luc Brisson

La révolution du cynisme

 

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La vidéo promotionnelle lancée au lendemain du rassemblement des « orphelins » reprenait tous les grands poncifs de la communication aseptisée qui caractérise la politique contemporaine.

Le 19 avril dernier, mû, il faut l’avouer, par une bonne dose de voyeurisme, je suis allé flâner du côté de l’Écomusée du fier monde afin d’aller jeter un œil au lancement du mouvement des « orphelins politiques ». Je me suis amusé à faire le décompte du nombre de visages qui m’étaient familiers. Mon regard d’ancien militant politique m’a vite permis de faire le tour de la salle : beaucoup d’anciens organisateurs péquistes étaient présents, sirotant tranquillement leur verre de vin, en compagnie de plusieurs jeunes militants néodémocrates et de Projet Montréal (je les soupçonne d’être aussi voyeurs que moi!), côtoyant quelques « vedettes » visiblement attirées par un événement qui promettait d’offrir une bonne couverture médiatique.

Les lignes de communication du porte-parole des Orphelins étaient simples : les deux vieux partis de gouvernement ne représentent plus une alternative politique crédible pour les Québécois, qui sont d’abord à la recherche d’un « bon gouvernement » (définissez-moi ce concept fourretout, s’il-vous-plaît) qui « construit au lieu de détruire », le débat sur l’indépendance nationale devant, à ses yeux, être dépassé afin de rebâtir un Québec mis à mal par les libéraux. Surtout, Plamondon a insisté, en fin de discours, sur le fait que les Orphelins ne formeraient pas de parti politique, l’idée d’un « mouvement » leur permettant d’agréger plus facilement des militants de tous les horizons politiques. Le mouvement à naître allait devenir l’ « opposition informelle » au gouvernement libéral et lancer, sur la place publique, des idées afin de faire bouger les lignes politiques.

Entre deux verres de blanc, je croise une ancienne connaissance politique qui semblait superviser, en retrait, le déroulement de la soirée. « T’es pas derrière tout ça? » lui demandai-je, amusé, en lui lançant un clin d’œil. « C’est le seul moyen qu’on a trouvé pour faire pression sur le PQ et le ramener au centre-gauche », m’a-t-il répondu. Ces quelques militants déçus par Pierre-Karl Péladeau désespéraient de voir la direction que prenait leur parti d’origine et cherchaient donc un moyen de réinvestir le vaisseau péquiste de l’extérieur, en faisant monter les enchères politiques en occupant l’espace médiatique. Ils avaient donc trouvé un porte-parole avec assez d’ascendance médiatique dans la personne de Paul St-Pierre Plamondon, une figure assez lisse et consensuelle pour lancer ce mouvement politique et être son visage public. Une stratégie de spéculation médiatique qui avait déjà servi, par le passé, une ancienne camarade de route de St-Pierre Plamondon, aujourd’hui ministre du Patrimoine canadien. La méthode est connue et éprouvée.

Le lendemain, le mouvement se fendait de la publication d’une vidéo promotionnelle reprenant tous les grands poncifs de la communication aseptisée qui caractérise la politique contemporaine : jeune porte-parole branché en bras de chemise, nonchalamment assis sur un tabouret et qui nous parle directement afin de créer une certaine proximité avec l’auditeur, dans un environnement blanc et épuré (quoi qu’être entouré de calorifères demeure un choix de décor douteux) et qui enchaîne des formules complètement dénuées de toute profondeur politique. Une pièce d’anthologie de la novlangue politique.

The Revolution Will Be Televised

"Le vrai changement", le slogan électoral de Mélanie Joly lors de la course à la mairie de Montréal à l'automne 2013.
« Le vrai changement », le slogan électoral de Mélanie Joly lors de la course à la mairie de Montréal à l’automne 2013.

Aujourd’hui, Pierre-Karl Péladeau n’est plus chef du PQ et l’opposition officielle se cherche un leader. La Presse annonçait ce matin que St-Pierre Plamondon allait se lancer, demain, dans la course à la chefferie du Parti Québécois. Cette catégorie de politiciens à laquelle appartiennent Paul St-Pierre Plamondon ou Mélanie Joly est la cause même du cynisme que ces derniers dénoncent afin de mousser leur propre candidature. Que ce soit en adoptant le slogan du « vrai changement™ » ou du « bon gouvernement©», ces jeunes politiciens, pourtant si vieux dans leurs discours, ne font que mettre à leur service les outils que leur offrent les moyens de communication actuels afin de projeter leur candidature dans l’espace médiatique. Ils savent comment nourrir la bête et connaissent son appétit pour les jeunes premiers sachant manier tous les codes médiatiques. Comme le dit la formule consacrée, « revolution will be televised » ! La seule chose que risque cependant d’accomplir St-Pierre Plamondon, ces jours qui viennent, c’est d’écrire une nouvelle page dans la longue histoire du cynisme politique au Québec. Il peut sans doute se rassurer : si les médias lui accordent ne serait-ce qu’une ou deux semaines d’attention et qu’il réussit à orienter les débats à venir, un siège pourrait bien lui être offert aux prochaines élections générales de 2018…