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Belles et bonnes

La mezzo-soprano Rose Naggar-Tremblay

Concert de chant lyrique à l’église Saint-Matthias

Allez, on va encore me traiter de téteux avec mon titre, mais avec les voix d’opéra comme celles qu’on a entendues mercredi soir dernier, à l’église Saint-Matthias, on peut se le permettre!

En effet, c’est une poignée d’étudiants en musique de McGill que Rose Naggar-Tremblay a chapeautée pour ce concert destiné à financer la chorale de l’église dans laquelle elle chante régulièrement. La programmation comprenait des pièces de compositeurs lyriques comme Pergolèse, Schubert et Schumann, le tout interprété par un quatuor pour cordes et deux chanteuses, la soprano Anna Frances Meyer et Rose Naggar-Tremblay, elle-même mezzo-soprano. C’est d’ailleurs elle qui avait affirmé que « toutes les cellules de son corps allaient chanter ce soir-là ». Chose promise, chose due!

Son exécution de quelques-unes des mélodies de Henry Duparc est particulièrement sentie. Se dessine sur le visage de la jeune femme la mélancolie du texte qu’elle chante, un spectacle d’autant plus poignant qu’elle est placée à quelques pas de la première rangée de bancs. Le public partage ainsi ce moment d’intimité musicale. Avec son timbre de voix, très étoffé dans les graves, on ressent le vécu du personnage que la chanteuse incarne, et elle nous tient en haleine avec ses extrêmes aiguës qu’elle prend avec délicatesse. Quand vient le temps d’applaudir, l’auditeur se sent comme libérer d’un poids, celui de l’intensité d’une puissante performance.

La soprano Anna Frances Meyer (Crédit: Marie-Ève Rompré)

Sa comparse Anna Frances Meyer ne cède pas sa place! Pour l’occasion, cette seconde moitié du duo rock’n roll Les Deuxluxes a troqué ses habits exubérants pour la robe rouge de concert et le cartable de partitions. Ne vous méprenez pas! La chanteuse défend aussi bien son titre de rock star que celui de spinto (entre soprano lyrique et dramatique). Lors de ses envolées vers le sommet de son enregistre, sa voix impressionne par sa portée, et son interprétation du Salve Regina de Schubert est réussie. On aurait certainement apprécié si, comme sa collègue mezzo-soprano, elle avait présenté quelques lieder.

Bien entendu, il faut mentionner le travail louable du quatuor qui les accompagnait. Frédéric-Alexandre Michaud (violon), Chris Stork (violon), Lauren Tyros (alto), Geneviève Mays (contrebasse) et Jared Tehse (piano) ont prêté mains fortes durant les soli et les duos des deux chanteuses. À noter l’écriture remarquable des cordes dans Il Tramonto d’Ottorino Respighi. Dans les bémols, on suggérera de revoir la balance entre l’ensemble et les voix. Placé en retrait dans le chœur, les musiciens enterraient légèrement les chanteuses.

En somme, une de ces soirées très agréables où la musique s’écoute toute seule.