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Concert Électrochocs : Poésie musclée

– Concert de Martin Bédard et Louis Dufort
au Conservatoire de musique de Montréal –

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Jeudi soir, une cinquantaine de personnes s’étaient réunis dans la salle Multimédia du Conservatoire de musique de Montréal pour apprécier la musique de deux de ses professeurs. Enseignant tous deux la musique électroacoustique au Conservatoire, Louis Dufort et Martin Bédard offraient une programmation de quatre pièces, rassemblant deux styles très différents d’une musique acousmatique de qualité.

Champs de fouilles occupe une place particulière dans le catalogue de Martin Bédard. Cette commande pour le 400e anniversaire de la ville de Québec, la plus saluée de toutes ses compositions, était l’occasion pour le compositeur d’avoir une approche moins abstraite que ce qu’il fait à l’habitude. Inspiré par les fouilles archéologiques menées à Québec durant sa visite, Bédard a intégré dans sa pièce des sons enregistrés dans la ville (marteaux-piqueurs, train de passage, vol des oies blanches) mais aussi des échantillons d’une pièce de Monteverdi datant de 1608, année de la fondation de Québec. Une fois ces sons transformés par des outils numériques et assemblés dans un logiciel, ce n’était pas une carte postale sonore qui était offerte, mais plutôt une métaphore musical, sorte de Québec rêvé. Très gestuelle, cette musique est marquée par des « croustillements » de métal, des blocs de sons virevoltant sur les haut-parleurs, des trames pesantes qui se subliment en vapeur d’harmonie, comme si l’on découvrait des trésors sonores enfouis sous la terre.

Avant de présenter Kissland, Bédard mentionnait, lors d’une conférence d’avant-concert, sa pièce Métal Fatigue, composée en 2012. Il partageât avec nous les apprentissages découlant de cette pièce qui, malheureusement, pêchait par son excès de sons. Dans Kissland toutefois, en création ce soir-là, les gestes musicaux sont plus épurés et clairs. La musique respire et la ré-écoute confirmerait sans doute que l’œuvre a réussi là où Métal Fatigue a manqué. Plus d’un aura remarqué le niveau de diffusion assez conservateur de la part de Bédard, de même que des graves plutôt envahissantes.

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Le compositeur Martin Bédard (Crédit : Caroline Campeau)

À l’inverse, Louis Dufort a opté pour un niveau sonore assourdissant mais des basses ciblées avec précision. Dans Into the forest my wounded arms wide open, Dufort met la table en nous malmenant avec un rythme de basse fantastique. Cet héritier de la musique électronique nous fait taper du pied énergiquement avec ses beats couillus, jusqu’à ce qu’un geste énorme et déchirant, comme un tutti d’orchestre, nous plonge dans un torrent d’instruments à cordes, de cui-cui d’oiseaux et de chuintements bruités. Ça éclate. Ça arrache. Ça sature, mais ce fou du son s’en fout. Ce soir, avec Dufort, on ne fait pas dans la dentelle!

Le compositeur Louis Dufort (Crédit : Diane Charland)

2e preuve à l’appui : Tombeau de Claudio Monteverdi, sa seconde pièce de la soirée. Inspiré par les œuvres de Monteverdi, compositeur du XVIe-XVIIe siècle, Dufort présentait une pièce électronique rappelant la proposition de Necropolis, composé par le suédois Åke Parmerud. Dans les deux cas, les compositeurs se sont plus à passer dans le hachoir des extraits de pièces classiques afin de les ré-arranger et se les ré-approprier. Ainsi, avec des mélodies de synthétiseur bien cheesy à la Tron et des coups de kick viandeux, Dufort nous concocte un cheeseburger techno facilement digérable et surtout très satisfaisant. La fin, plus douce, repose sur des rythmes de voix fragmentées. Apprêté à la sauce électronique moderne, ce segment respire, se superposant avec d’autres trames éthérées qui rappellent justement l’écriture contrapuntique propre à la musique de la Renaissance et du baroque.

Le prochain Électrochocs, le 7e et dernier de la saison, aura lieu le jeudi 12 mai. Il mettra en vedette les élèves en électroacoustique du Conservatoire.