Une bonne dose de torchage avec une pincée d'humour
BloguesNique mes oreilles

Une bonne dose de torchage avec une pincée d’humour

– Critique de l’album « MISSION » de Archetype –

La musique d’Archetype est une sorte de bibitte qu’on ne sait par quel bout prendre. En l’examinant de plus près, on s’apercevrait que chacune de ses pattes nous fait un doigt d’honneur, et que ses mandibules articulent un « Phoque toute! » en essayant de nous mordre.

Se revendiquant de n’avoir dans leurs pièces aucun couplet, aucun refrain et aucun hook, les membres du groupe de métal montréalais Archetype nous font bien comprendre leur logique avec les photos comprises dans le livret accompagnant l’album.

Le groupe de métal montréalais Archetype vient de lancer son album Mission
Le groupe de métal montréalais Archetype vient de lancer son album Mission
LES INFLUENCES : « Ça sonne un peu comme… »

On peut faire le rapprochement avec les pièces auto-dérisoires de Strapping Young Lad ou celles plus exubérantes de System of a Down. On peut même parler d’une sorte de power métal psychotique, comme si l’enfant bâtard que Rhapsody of Fire avait eu avec du progressive death metal avait viré vraiment, VRAIMENT mal. Malgré cela, le mystère de ce premier album d’Archetype demeure, à savoir que diable ont-ils essayé de faire!

La recette : « Dans leur album, ils ont mis un peu de… »

Après un petit tantrum de voix hachées sur fond d’accord d’orchestre, on enchaîne une succession d’intros où le groupe « démarre la machine ». Lorsque Pash-Khaal, le sasquatch qui sert au groupe de chanteur, gémit comme une sorcière « The grand emergence is upon us », on sent qu’on n’a aucune idée d’où on s’en va. Tout au long de l’album, il multiple des one-liners à la Terminator et tire de son corps tout un registre de sons insolites, allant du growl long de 15 secondes aux rires de grand-mère possédée. À ses prouesses vocales s’ajoute une prononciation remarquable.

À la batterie, on retrouve Le Bronog(h) (le L majuscule est important – ajouter un H après le G serait à propos). Avec un tel nom, on comprend que cette créature est plus appréciée pour ses aptitudes de bûchage que pour sa sensibilité humaine. Dans le livret, des phrases aussi délicates que « boute qu’on fesse plein de fois » donne le ton pour le mur de son qui déferle sur nous pendant cinquante minutes. Sur des blast beat implacables de caisse claire bien pincée sont superposés des trémolos de guitares incessants à la Carach Angren. Le chuggah-chuggah punitif est allègrement mélangé avec des licks de sweep picking, mais sans jamais chercher de mélodie. Seulement la vitesse, la violence et la pulvérisation du in-your-face-meter.

Bref, avec Mission, les gars de Archetype prouvent à ceux qui en doutaient qu’il est tout à fait possible d’être intelligent et de passer pour un demeuré, et qu’il y a une différence entre « Prendre ce qu’on fait au sérieux » et « Se prendre au sérieux ». Archetype excelle dans le premier, et le second peut aller se faire cuire un œuf si ça lui chante!

Le groupe de métal montréalais Archetype
Le groupe de métal montréalais Archetype
La démarche : « Ils voulaient nous faire mal »

On sent que le processus de composition, l’authenticité et le son bourgeonnent au milieu des « archétypes » du métal qui sont rejetés, intégrés, ridiculisés et/ou acceptés par le groupe. Les paroles expliquent ouvertement l’intention de cet opus, celle d’une bande d’enfants-adultes qui fracassent en riant les idéaux qui leur ont servi de jouets. « No verses, no choruses, no memorable melodies. Just a bunch of theoretical excuses for a gratuitous amount of riffs thrown all over the f****** place. » Mission est un appel à la tabula rasa, un chaos musical entièrement endossé par des musiciens qui maîtrisent évidemment leurs instruments, et l’horizon pourrait bien s’annoncer très prometteur pour eux.

C’est bien, les gars, mais…

Après avoir foutu en l’air les couverts, les chandeliers et brûlé la nappe, Archetype met sur la table un bloc de ciment brut qui sera à polir au fil du temps. On a l’impression que l’album est plus porté sur l’intention d’être novateur que sur la création d’une musique qui l’est réellement. En construisant un univers profond, riche et évocateur, comme ont su le faire Opeth ou même Cannibal Corpse, et en conservant leur humour loufoque, les membres du groupe pourront se revendiquer d’un album mémorable. Pour cela, il leur faudra sonder les profondeurs obscures de leur être dérangé afin de trouver une musique inouïe qui fait réellement éclater les frontières, et peut-être n’auront-ils alors plus besoin de mettre dans leurs paroles le « f-word » 58 fois.

En attendant, voici un bloc de béton qu’on aura très certainement le plaisir de recevoir en pleine face lors d’un prochain concert de lancement.

Archetype lancera l’album Mission le 3 juin, au Petit Campus.

Crédit artwork: Marc Tremblay
Crédit photos: Catherine Dorion et Denis Chalifou
Crédit vidéoclip: Sébastien Johnson

Page Facebook du groupe.

[/embed]