Akousma XIII : de la haute voltige
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Akousma XIII : de la haute voltige

– Concert de Akousma XIII à l’Usine C –

 

Myriam Bleau - autopsy.glass
Myriam Bleau durant sa performance de autopsy.glass

On pouvait difficilement espérer mieux pour cette soirée d’ouverture d’Akousma, festival de musiques numériques immersives. Les habitués de cette série de concerts annuelle savent que chaque soirée est toujours un pari, et qu’un numéro pourra à la fois soulever la passion d’un auditeur et l’aversion profonde d’un autre. Ce soir, toutefois, c’est un sans-faute de la part de Réseaux, organisme responsable de l’événement, qui prêtait la scène à cinq artistes, la plupart âgés de moins de 30 ans. Tous de grand talent, ils ont été à la hauteur des promesses d’Akousma, celles d’être un festival de calibre international. Fidèle à sa manie des programmations très diversifiées, Réseaux nous offrait ce soir un panorama des pratiques en musiques numériques : musique acousmatique, vidéomusique, performance de laptop et live electronics

Musique acousmatique: œuvre «fixée sur support», projetée sur un orchestre de haut-parleurs entourant le public et dans le noir. Akousma vient du grec et signifie « qui entend sans voir », en référence aux sons que l’on entend dans la musique, mais dont on ignore la source exacte.

Myriam BOUCHER (VIDÉOMUSIQUE)

Pour débuter, l’artiste Myriam Boucher présentait Nuées, une œuvre audiovisuelle primée lors du concours Jeu de Temps 2016, une récompense nationale respectée. Si l’œuvre est enlevante, ce n’est pas seulement parce qu’on y retrouve des images d’oiseaux traitées par ordinateur, mais bien parce qu’elle est tout à fait réussie, et si l’œuvre a du souffle, ce n’est pas seulement parce qu’on y retrouve des sons de saxophone baryton, également traités par ordinateur, mais parce que les dix minutes de la vidéo sont palpitantes. Ces sons ont été enregistrés dans un endroit particulièrement réverbérant avec la saxophoniste Ida Toninato, qui laisse sur le son une signature immanquable, puissante et dramatique. À travers tout cela, on perçoit la vitesse, l’emportement, et peut-être même un certain désir d’évasion.

Nuées (extraits) from Myriam Boucher on Vimeo.

pipo pierre-louis (musique acousmatique)

Il y avait une sorte de « petitesse » dans la pièce de Pierre-Louis. Assez minimaliste, le morceau est un alliage délicat de bruit, de sons de synthèse, de clics et de notes tenues ponctuées de grondements et d’impacts. Par rapport au niveau sonore de la diffusion, plutôt doux, le compositeur admet que ses bruits, assez durs sur l’oreille, forcent à tempérer ses envies d’excès de volume. Si cela empêche la musique d’être déployée dans toute son ampleur, il faut reconnaître que la pièce est réussie. Elle témoigne d’une grande sensibilité pour le son, et le discours, assez articulé, est la preuve d’un savoir-faire technique indéniable. La musique, virevoltante sur les haut-parleurs de la salle de spectacle, prend fin avec élégance sur quelques notes et clics de bruits.

joël lavoie (performance live)

C’est peut-être avec l’idée de rattraper les décibels perdus que Lavoie est monté sur scène. Installé derrière son laptop et quelques pédales effets analogiques, il transmutait des paysages sonores en masses tonitruantes. Ce mélange de drone, de musique ambient, de noise et d’enregistrements, la plupart réalisés lors d’un récent voyage du compositeur au Japon, était soutenu par de solides fréquences graves, ce qui n’est pas sans rappeler Absolument, l’un de ses plus récents opus. Jouant habilement avec la limite entre « juste assez fort » et « un peu trop », Lavoie maintenait l’auditeur dans l’appréhension enthousiaste des instants à suivre. Nonobstant le vif succès de la musique, les effets de lumière, de prime abord très réussis pour la montée dramatique du début, devinrent dérangeants après quelques minutes. On préférait fermer les yeux, et laisser passer des reflets de feux follets sur nos paupières.

pita (performance live)

Pita n’est pas seulement « un pain peu épais de forme ronde consommé couramment en Europe du Sud-Est et au Moyen-Orient » (Wikipédia), mais aussi un artiste du Royaume-Uni, dont l’activité préférée est sans doute de faire la tendresse à ses auditeurs avec 100 dB de noise ultra-agressif. La performance, une improvisation réalisée en direct avec des oscillateurs analogiques, n’était rien de moins qu’un assaut sur les tympans. D’une énergie presque sauvage, la performance est jalonnée d’instants de délivrance, des harmonies tendres qui sont rapidement mises en pièces par des fréquences « perce-oreilles ». Profitant d’un sursis de basses fréquences, on a tout juste le temps de respirer avant d’être écrasé par la force physique des ondes. « C’était très bien mixé quand j’avais les oreilles fermées », m’a-t-on dit. En bref, jouissif, mais dangereux…

MYRIAM BLEAU (performance live)

Dans un écho remarquable à Soft Revolvers, sa pièce pour toupies présentée deux ans plus tôt dans le même festival, Bleau a repris un mouvement circulaire, celui d’entretenir avec un doigt la résonance d’un orchestre de verres à vin. Baptisée autopsy.glass, l’œuvre comporte aussi l’esthétique minimaliste monochrome de certains artistes visuels, un dispositif de traitement numérique en temps réel et le show(wo)manship qui a fait la notoriété de cette artiste, régulièrement sur les routes d’Europe pour présenter son travail. Verres frottés, rayés aux ciseaux, écrasés, jetés au sol… la jeune femme surprend, intéresse et trouve une juste balance entre écoute active et contemplation de la chorégraphie de verres illuminés au rythme de sa musique. Coup de cœur pour le moment où elle enfilât lunettes et gants afin de se protéger d’éclats de verres qu’elle s’apprêtait à fracasser.

Le festival Akousma a lieu jusqu’au samedi 22 octobre, avec un événement spatial à la Maison symphonique le dimanche 23

Programmation du festival