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Studio de musique ancienne de Montréal : Russie éternelle

– Concert du Studio de musique ancienne de Montréal à la salle Bourgie –

Studio de musique ancienne de Montréal
Studio de musique ancienne de Montréal

C’est en un après-midi particulièrement ensoleillé de dimanche 2 avril que la fondation Arte Musica a décidé de donner en concert le Studio de musique ancienne de Montréal. La veille, l’ensemble donnait une supplémentaire dans la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal, la prestation du jour affichant complet depuis plusieurs semaines. Sur les visages des vingt-quatre chanteurs et chanteuses présents ondulaient les reflets moirés des vitraux de cette ancienne église transformée en salle de concert. C’est dans ce lieu réputé pour son acoustique remarquable que le chœur présentait quelques pièces de la tradition chorale russe orthodoxe.

UNE PROGRAMMATION ORIGINALE

Pour ce rendez-vous musical où se rencontraient la musique baroque russe d’inspiration italienne et les compositeurs russes modernes, les pièces étaient programmées de façon chronologique. Le spectateur avait la possibilité d’appréhender l’âme de plus en plus « russe » des pièces au programme en passant de la musique de Nikolaï Diletski, compositeur du XVIIe siècle, à celle de Vladimir Martynov, qui a entre autres composé la musique pour le film « The Great Beauty », lauréat de l’Oscar du meilleur film en langue étrangère pour l’année 2014. Si les premières pièces sont empreintes du lyrisme italien, ce dernier cède progressivement sa place à l’expressivité typique de la musique chorale russe. À ce titre, « Ne me rejette pas au temps de ma vieillesse », une pièce du XVIIIe siècle écrite par Maxime Berezovski, se démarque nettement de par son caractère plus solennel et grave.

Après Une ouverture baroque …

En ouverture du concert, les chanteurs du Studio entament avec aplomb les pièces de Diletski et de Vassili Titov. Dans ces belles mises en oreilles, accessibles et légères, voire joviales, on note quelques trébuchements de la part des musiciens. Le trac du commencement aura embrouillé le rythme et la cohésion des voix lors de certaines entrées.

…Des pièces résolument russes

Le chœur se rattrape vite avec « Gloire… Fils unique de Dieu », dernière pièce du bloc baroque. Il marque ensuite le coup avec « Que ma prière s’élève » de Dimitri Bortnianski. Placés de part et d’autre de la scène, deux groupes de trois chanteurs (les femmes à gauche et les hommes à droite) sont accompagnés par le chœur. Ensemble, ils construisent un échange musical saisissant. La forme originale de la composition et la direction très aérée du chef Andrew McAnerney contribuent à faire de la pièce un moment fort du spectacle. Tout au long du concert, le public respectera à la lettre la consigne « Nous vous prions de n’applaudir qu’après chaque groupe de pièces », mais il ne pourra s’empêcher de briser impunément cette règle et d’applaudir chaudement après la cadence finale.

De beaux soli

Lorsque les chanteurs du Studio n’entonnent pas des tutti galvanisants, certains d’entre eux attaquent des soli épatants. Les performances des basses Clayton Kennedy et Martin Auclair, solides durant le concert, sont spectaculaires dans Tropaire de la Résurrection, prélevé des Vêpres op. 37 de Rachmaninov. Pareillement pour le ténor Nils Brown qui y interprète un solo d’une grande justesse expressive, sans oublier la soprano Marie Magistry avec une prestation marquante dans le Berezovski.

Une fin de concert SPLENDIDE

Pour l’avant-dernière pièce du programme, surprise! Les sopranos referment leur cartable de partitions. L’arrangement de « La Cène mystique » est écrit pour la section des altos et surtout pour celle des hommes qui offrira une brillante interprétation de cette pièce de Gueorgui Sviridov. Les entrées des voix y sont des plus délicates, et le morceau prend fin alors que l’écho des voix s’estompe dans un silence de mort.

Mais les sopranos n’ont pas dit leur dernier mot! Pour la pièce finale, « Les Béatitudes » de Vladimir Martynov, les sopranos Odéï Bilodeau et Marie Magistry, épaulées par Stéphanie Manias, elle-même placée à l’écart afin de laisser l’acoustique colorer sa voix, entreprennent un contrepoint fleurissant quasi-angélique. Une belle façon de terminer un beau concert.

Quelques observations

Dans une salle de concert, cette musique sacrée met les voix à nue, sous une clarté quasi-chirurgicale, alors qu’elle est clairement faite pour être enveloppée dans la gaze de la réverbération d’une chapelle ou d’une basilique. L’impression de « propreté » du son était amplifiée par la direction. On aurait souhaité plus de cet abandon et de ce pathos propre à la musique russe. Tout était en place pour donner un concert renversant, avec plus de douceur dans les passages pianissimo et plus de bravoure dans les crescendo, ce qui aurait donné un goût de cette « Russie éternelle » que l’intitulé du concert promettait. Cet effet aurait aussi été possible avec, par moment, une battue plus lente. Le programme, ainsi allongé dans sa durée, aurait alors été allégé en coupant les deux courtes pièces de Stravinski et de Tchaïkovski, moins mémorables.

Conclusion

Qu’à cela ne tienne! Le Studio de musique ancienne de Montréal a offert une prestance solide, et aura certainement donné à l’auteur de ces lignes l’envie irrésistible de réécouter quelques-unes de ces pièces fraîchement découvertes.

Site web du Studio de musique ancienne de Montréal