L'Orchestre d'hommes-orchestres: jouer à Tom Waits
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L’Orchestre d’hommes-orchestres: jouer à Tom Waits

– Concert de L’Orchestre d’hommes-orchestres au Théâtre du Grand Sault –

« Vous allez tomber en bas de votre chaise. Accrochez-vous solide. » qu’on nous a dit avant de débuter le spectacle, le vendredi 15 septembre au soir. Chose promise, chose due! L’Orchestre d’hommes-orchestres nous en a mis plein la vue, plein les oreilles.

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Fondé à Québec en 2002, l’ensemble de six musiciens présentait « L’Orchestre d’hommes-orchestres joue à Tom Waits », son spectacle-vedette. Né dans les années 40, Tom Waits est un parolier et musicien de la trempe des génies fondateurs du rock comme Jimi Hendrix, les Beatles, Pink Floyd, Bob Dylan et Neil Young. Son œuvre, qui regroupe plus de dix-huit albums studio, se démarque par des spectacles délirants, une musique humoristique et loufoque et par des paroles puissantes, souvent engagées. Écouter Tom Waits, c’est également entendre l’histoire qu’il conte, la poésie qu’il récite en blues, en rock, en jazz, en folk, en vaudeville, en bluegrass et même en klezmer.

Rendre justice à une figure aussi icônique de la musique? Pas évident! L’Orchestre d’hommes-orchestres (LODHO) avait intérêt à sortir l’artillerie lourde, mais dès l’entrée dans le Théâtre du Grand Sault au Centre culturel et communautaire Henri-Lemieux, les spectateurs sceptiques auront été rassurés. « Qu’est-ce que c’est ce que ce bazar? » se seront-ils demandés. Parmi les guitares, banjo et autres cossins musicaux, un vrai fouillis se dressait sur scène. Des bottes blanches à la douzaine, un mégaphone géant, un crâne de cheval transpercé d’archets échevelés… Devant cette mise en scène très prometteuse, on attendait impatiemment de voir ce tableau prendre vie.

Enfin, dans l’obscurité, une guitare craquante entonne It Rains on me alors que la scène s’illumine. Une vieille lampe de garage dévoile le véritable cirque qui se détache de l’ombre. Affublé d’un chapeau ressemblant à celui de Tom Waits, le chanteur-percussionniste marque le pas avec son kit de batterie qu’il porte sur le dos et sa valise en plastique qu’il ferme brusquement. Le rythme est donné pour la soirée.

Les chansons de Waits, très courtes, sont autant d’opportunités de démontrer la créativité sans borne du groupe. Masque à gaz, basse camouflée dans une boîte en bois et un tuyau de ventilation, mégaphone ductapé, contrebasse à une seule corde, solo de soufflet à feu ou de bouteilles remplies d’eau… LODHO n’hésite pas à transformer les objets du quotidien en instruments de musique. Même les coups de sécateur et les soli de scie musicale prennent des propriétés sonores insoupçonnées. Pas de doute, les membres de LODHO sont des musiciens chevronnés.

À l’extrémité gauche de la scène, deux demoiselles, sont assises les DeZurik Sisters. Méfiez-vous! Sous leurs jupes des années 30, elles cachent certains des numéros les plus drôles du spectacle. Elles soufflent dans des ballons qu’elles dégonflent ensuite dans un mélodica, cognent sur leur tasse de thé ou allument des briquets en rythme avec la musique… Dans cette façon de faire saugrenue, on retrouve l’humour de Tom Waits, mais aussi la qualité sombre et étrange de sa musique. Même si elle n’est pas aussi éraillée que celle de Waits, la voix des chanteurs a ce grain qui donne à la musique une couleur abrasive, comme les craquements d’un vieux vinyle.

En entrevue, Tom Waits mentionnait qu’étant enfant, il ne pouvait s’empêcher de distordre le réel. « Une caresse sur un drap m’apparaissait comme le vol d’un avion. »1 LODHO rend hommage à cette déformation en utilisant comme accessoire une vitre déformante, en chantant à travers de longs tubes de métal ou en plaçant quatre de ses musiciens derrière un cadre de peinture pour chanter, comme s’ils étaient des sujets disproportionnés sur un canevas trop petit.

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Les moments mémorables du spectacle affluent : le chanteur qui joue I don’t wanna grow up sur un piano miniature entre deux bouchées de marmelade (ou était-ce du chili en boîte?), le percussionniste qui cogne sur une poêle avec un club de golf greffé à un casque de moto, le batteur qui attrape des friandises par la bouche durant Barbershop, sans oublier la finale de confettis, de toile d’araignée artificielle et de pétards sur Dirt in the Ground… Avec « L’Orchestre d’hommes-orchestres joue à Tom Waits », LODHO ne peut que laisser derrière lui une salle remplie d’un public conquis.

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Dans les bémols de la soirée, on ne peut s’empêcher de reprocher le volume sonore élevé. Quand on empile l’ampli de guitare à lampes, le violon, la trompette et le mégaphone, on évite difficilement les sons criards. Atteindre presque 100 dB SPL dans une salle aussi petite n’était pas nécessaire. Aussi, on aurait souhaité une présence encore plus importante de la part des DeZurik Sisters. Leur théâtralité et leurs deux merveilleux soli de chant country présagent leur grand talent. On en veut plus!

Avant que le spectacle ne débute, Mathieu Dubois, le responsable de la programmation du Théâtre du Grand Sault avait confessé « LODHO, c’est mon coup de cœur de l’année, voire des douze dernières années. » Ce sera certainement un des nôtres aussi. En attendant la chance inespérée de voir Tom Waits passer à Montréal, on se contentera avec joie des jeux de l’Orchestre d’hommes-orchestres.

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Crédit photos: site web de l’Orchestre d’hommes-orchestres

L’Orchestre d’hommes-orchestres

« L’Orchestre d’hommes-orchestres joue à Tom Waits »
Vendredi 15 septembre 2017, 20h
Théâtre du Grand Sault
Centre culturel et communautaire Henri-Lemieux
7644 Rue Édouard, LaSalle, QC H8P 1T3

 


1 TOM WAITS, Off beat : interview with Tom Waits, mené par Sean O’Hagan, 29 octobre 2006, The Guardian. Adresse URL: https://www.theguardian.com/music/2006/oct/29/popandrock1