Ne manquez rien avec l’infolettre.
BloguesNique mes oreilles

Massive Attack : sombre et sensuel

— Concert de Massive au Centre Bell —

Mezzanine XX1

Massive Attack, le mythique précurseur de trip-hop, était de passage à Montréal le samedi 14 septembre.

Mezzanine XX1 : Un concert tant attendu

Hormis le rendez-vous manqué du 11 mars 2019 (la performance prévue à la Place des arts avait été annulée), la dernière opportunité de voir Massive Attack en sol montréalais remontait à près de 10 ans. En octobre 2010, 5700 spectateurs s’étaient rassemblés pour un «concert-fleuve» de 3 heures, avec Thievery Corporation en ouverture. Massive Attack avait alors fait un tour d’horizon de ses trois derniers opus, 100th Window, Heligoland et Mezzanine. C’est ce dernier album qui était à l’honneur, le 14 septembre au soir. Vingt-et-un ans nous séparent de la sortie du magnum opus du groupe. Mélange de reggae, d’électronique, d’expérimental et d’ambient, Mezzanine se démarque dans la discographie du Massive Attack par ses contrastes et son érotisme intoxicant, entre tendresse et sombre sensualité. Pour célébrer le retour en grand du groupe britannique, 7270 spectateurs s’étaient amassés au Centre Bell.

Une formule étonnante

20h45. Le parterre assis est rempli et les lumières s’éteignent. Sur l’immense scène, en dessous d’un dispositif élaboré d’éclairages, une demi-douzaine de stations est disséminée sur la scène. Kits de batterie, claviers, guitares, alouette! Les sept musiciens de l’ensemble montent sur scène sans façon. Après une introduction sonore discordante rappelant Risingson, le band entonne énergiquement une reprise de I Found A Reason. Nous serions-nous trompés de salle? Massive Attack est-il devenu un cover band de Velvet Underground? En fait, les dix pièces de Mezzanine allaient être entrecoupées avec des reprises de The Cure, Ultravox, Peter Seeger… autant de groupes qui ont influencé le groupe. On comprend que le spectacle de la tournée Mezzanine XX1 sera une sorte de retrospective sur la carrière de Massive Attack.

Après cette ballade aux teintes de shoegaze, Grant Marshall, alias Daddy G, entre sous les acclamations, marquant le début de l’ensorcelante Risingson. Immédiatement, le parterre s’active et dodeline de la tête au rythme de la batterie. Comme dans tout bon spectacle d’arène, le jeu d’éclairage est très dynamique, tandis que des projections sur écrans géants illuminent la salle.

Horace Andy et Liz Fraser, deux performances remarquées

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour entendre la voix trémulante de Horace Andy. Dès la quatrième pièce, il entonne Man Next Door en se trémoussant de son immanquable façon. Chose certaine, les amateurs de basse auront été servis! Les fréquences graves roulent dans la salle avec une précision pénétrante, servant la sonorisation balancée et agréable à écouter. Petit bémol pour la voix, qui venait souvent à manquer. Après un court intermède, fait de basses ténébreuses, Liz Fraser monte sur scène pour chanter Black Milk, pièce à la fois attachante et anxiogène. Des projections verdâtres et moirées accompagnent cette comptine d’enfant noircie, comme un lait amer. Le public affiche clairement son approbation par des applaudissements chaleureux. Le concert se poursuit de la sorte, rythmé par les covers et les entrées et sorties des chanteurs et chanteuses invités.

Mezzanine et Angel, deux moments forts

L’enthousiasme monte d’un cran avec Mezzanine, l’un des moments forts du spectacle. Il y a une sorte de vice qui habite les rythmes et les sonorités de cette pièce. La musique s’insère en nous, insidieuse. Massive Attack décide également d’ouvrir les écoutilles avec un long solo de batterie, agrémenté de passes de guitare absolument planantes. L’utilité de deux batteries sur scène peut laisser sceptique. Ici, le jeu des deux percussionnistes est tout à fait trippant. Un silence de mort s’est abattu sur la salle. Le public est captivé. Au terme d’un apogée cathartique, ce dernier explose dans un tonnerre d’acclamations. Pas de doute, c’est ce genre de bénéfices que les spectateurs obtiennent quand ils voient un bon groupe en spectacle.

En effet, l’expérience de l’album Mezzanine est assez différente en live. On troque la sensualité et l’électronique très léchée, pour un son plus cru, agressif et rock. La guitare, plutôt tamisée sur l’enregistrement, prend toute sa place en concert. Dans Angel, les effusions de guitare sont à fendre l’âme. Noyée dans la réverbération et la distorsion, elle dépasse en intensité la voix d’Horace Andy, qui passe pour une apparition fantomatique. Massive Attack se laisse aller de la sorte à plusieurs reprises, entre autres avec Group Four, dont le long groove final conclut un concert de plus de 90 minutes sur une note forte.

Mezzanine en spectacle pour la tournée Mezzanine XX1
PROJECTIONS À REVOIR?

Le concert offre également des moments plus relax (ballade instrumentale sur Exchange, la sensible Teardrop), donnant l’impression d’une performance belle, agréable, sans être renversante. En effet, on reste sur notre faim devant ce concert qui, après tant d’attentes, aurait pu/dû être mémorable. Les vidéos sur écrans y sont pour quelque chose.

Images de manifestations violentes prélevées sur YouTube, bulletins de nouvelles internationaux, found footage des années 70-80 avec un timestamp,  phrases punchées comme «The new system listens to you», «The first computers were used to create the atomic bomb», «Conspiracies are a conspiracy»… autant de clichés évoquant une sorte de documentaire anthropologique sur la surveillance et le contrôle de la population. Si ces dénonciations sont plus pertinentes que jamais et le dispositif est certainement impressionnant, il y a belle lurette que ces recettes éprouvées ont perdu leur saveur et n’impressionnent plus. Même si les membres du groupe sont des activistes affichés, de telles projections risquent de passer pour superficielles dans le contexte d’un spectacle. Tandis que la musique de Massive Attack a bien vieilli, le spectacle transpire un peu trop la nostalgie du groupe pour une représentation datée du monde.

Au final…

On quitte le Centre Bell avec l’impression d’avoir passé un bon moment et vu un concert agréable. En même temps, on songe que la performance aurait été plus percutante, si les projections (et les innombrables covers) n’avaient pas dilué l’aura poétique que l’album Mezzanine aurait pu prendre.

MISE À JOUR…

Grâce à une opportunité exceptionnelle, il a été possible à l’auteur de ces lignes de revoir le spectacle Mezzanine XX1, le samedi 21 septembre, à Boston. Suivant cette seconde impression, il maintient, dans l’ensemble, son opinion par rapport aux forces et aux faiblesses du spectacle. Ce faisant, aucune modification n’a été amenée au corps du texte.