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« Justin » comptable

Justin Trudeau veut aider la « classe moyenne » : une expression galvaudée par les politiciens. Qu’est-ce que la « classe moyenne » que l’on désire tant « soulager »? En politique, on en parle comme d’un patient en phase terminale nécessitant une dose de morphine fiscale. La classe moyenne a autant de définitions que d’angles de l’aborder. Voici une réflexion sommaire sur les propositions de Justin Trudeau.

1)    Imposer davantage le revenu de 200 000 $ et plus

Le PLC veut imposer à 33 % les revenus annuels de 200 000 $ et plus. Pourquoi 200 000 $? Un député gagne 167 400 $ comme indemnité de base. Le taux d’imposition marginal le plus élevé commence à 138 586 $. Affirmer que l’on imposera davantage les « riches » et constater que les députés dépassent ce seuil serait mauvais pour l’image publique. Aussi, le montant de 200 000 $ représente une faible portion de la population : peu de risque de perdre des votes. Le seuil de 200 000 $ semble plus un choix politique que fiscal.

2)    La fausse affirmation

Quand Justin Trudeau affirme que l’on aide la classe moyenne aux dépens des mieux nantis, ce n’est pas nécessairement exact. En effet, le PLC propose de réduire de 22 à 20,5 % la deuxième tranche d’imposition. Quiconque comprend une base en fiscalité traduirait l’affirmation de « soulager la classe moyenne » par « réduire l’imposition des revenus gagnés entre 44 701 $ et 89 401 $ pour tous », même les mieux nantis.

Les taux d imposition canadiens pour les particuliers   année courante et années passées
(Source: Agence de revenu du Canada)

 

 

 

 

 

 

À moins que Justin Trudeau propose d’abaisser les paliers d’imposition en fonction du revenu total (ce qui deviendrait un véritable casse-tête fiscal), il faudrait corriger l’angle de présentation marketing de l’idée. Dans sa déclaration fiscale fédérale, un contribuable gagnant 210 000 $ se verrait imposé à 33 % sur 10 000 $ (l’excédent sur 200 000 $), mais économiserait 1,5 % sur les revenus entre 44 701 $ et 89 401 $. L’impact net pour l’impôt d’un Canadien (avant abattement provincial) de ce cas de figure serait une baisse de 270,50 $ de facture fiscale.

3)    Un bémol pour le Québec

Attention aux Québécois, les modifications de taux marginaux fédéraux n’ont pas le même impact au Québec que dans le reste du Canada. En effet, l’abattement fiscal québécois réduit l’impôt fédéral de 16,5 %. Donc, le taux marginal de 33 % pour les revenus de 200 000 $ et plus sera de 27,6 % en réalité pour un Québécois gagnant plus de 200 000 $. Évidemment, cette réduction n’est pas un cadeau, c’est une compensation fédérale pour refléter le transfert de responsabilités de programmes sociaux au Québec.

4)    La richesse : une définition variable.

On peut détenir des millions d’actifs tout en déclarant un revenu annuel de 150 000 $. Du même coup, on peut avoir un actif net négatif de 50 000 $ sur des cartes de crédit et avoir un revenu annuel de 200 000 $ par année. En somme, la richesse en salaire annuel est une simplification hâtive de la vision politique du système fiscal. La richesse est un concept bien relatif. On est toujours le riche de l’un et le pauvre de l’autre.

5)    Un bon point pour Justin :

Le gouvernement libéral suggère d’abolir la Prestation fiscale canadienne pour enfants (PFCE) et la Prestation universelle pour la garde d’enfants (PUGE) pour la remplacer par une nouvelle Allocation canadienne aux enfants (ACE). Sans tomber dans les détails fiscaux, cela me semble une bonne option puisque la PFCE était souvent critiquée pour décourager les parents à faibles revenus d’augmenter leur productivité.

En somme, Justin Trudeau peut énoncer n’importe quelle promesse. L’avenir du PLC et du NPD sont intimement liés. La sauce rouge-orangé présente peu de distinctions du point de vue général de l’électeur: on dirait la guerre Coke et Pepsi. Deux concurrents se disputant le même électorat. Pendant ce temps, le Bloc Québécois vend de l’orangeade Kiri et le Parti conservateur obtient le pouvoir en étant le seul vendeur de 7-up. Notre démocratie a le diabète.