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Le marketing de l’indigné ou l’art de ne jamais passer son tour

Certaines personnalités publiques (ou non) s’indignent. Elles le font constamment. Tout est sujet à s’indigner. Par effet d’entraînement, elles créent des indignés.  En somme, il suffit de trouver une victime qui a dit une ligne de trop ou une opinion contestable pour s’attirer du « like ». Twitter est une source de matière première à indigner. On ira interpréter la vie d’une personne sur une ligne de 140 caractères ou on jugera un habillement qui choque sur Instragram. On s’indigne, on cherche un ennemi à tout prix. Qui sera le prochain Giordano Bruno que l’on cherche à brûler vif sur la place des médias sociaux. Qui sera la cible du jour ?

L’indigné est prévisible. Il cherchera de l’indignation de lieux communs. Le genre d’indignation qui ne donnera pas lieu à de l’opposition de la masse. On cherche une victime, ou plutôt une cible collective. Quelqu’un ou un groupe que l’on détestera quelques heures tous ensembles sans écouter les nuances du gris.

L’indigné de service ne passe jamais son tour. Il est indigné. Il a une certaine notoriété publique, maintenue en vie par son indignation. C’est sa valeur marchande, c’est sa marque de commerce déposée : le reflet positif de son visage. Quand une gaffe arrive, il sera le premier à pondre une opinion sur le sujet.

Ce que l’indigné aime le plus, c’est de trouver une cible avec un visage : un ennemi collectif à abattre. Pas besoin de mettre de nom ici, on connaît le personnage de l’indigné. Autant homme que femme, l’indigné ne fait pas la fine bouche. Un moment donné, on ne le lit plus. Ses apôtres ajoutent des likes sans le lire.

L’indignation sur les réseaux sociaux permet à certains de ne pas tomber dans l’oubli. Quel était son dernier projet déjà ? Ah oui, il s’est indigné sur tel sujet.

L’indigné cherche le prochain ennemi à abattre. Quand quelques jours passent sans indignation, il est comme un feu en fin de braise : il ne demande qu’un nouveau scandale de papier pour s’oxygéner et revivre. Question de rester en vie, il s’accrochera à une cause. Tout ce qui tourne autour de cette cause sera matière à indignation, sans nuance. Il faut être noir ou blanc dans le monde des indignés, sinon, on n’a pas de likes, pas d’amour 2.0.

Parfois on se dit : « bon, l’indigné va encore pondre un texte là-dessus ». Parfois, on en vient à dire la conclusion avant même de la lire.

En marketing, l’indigné est simple à voir dans l’acronyme PPCD du mix marketing :

Produit : Opinion de l’indignation rapide et simple

Prix : Pas besoin de le payer cher pour son indignation du jour, s’il n’a pas de tribune, il la pondra gratuitement.

Communication : Stratégie d’opposer un groupe à un autre ou une idée à une autre de façon très binaire. Pourquoi faire dans la nuance? On tape sur le clou ennemi comme s’il n’y avait pas de lendemain en s’assurant d’agripper une meute qui appuiera au passage. On ne fait pas dans la demi-mesure.

Distribution : les réseaux sociaux canalisent une base militante filtrée. Le reste fait tache d’huile.

Oui, l’indigné fait dans le facile, dans le convenu. Je ne sais pas si l’indigné se voit comme Jeanne d’Arc ou William Wallace, mais parfois, on aimerait qu’il se promène dans un parc en un beau dimanche après-midi de janvier pour prendre une bouffée d’air.

Beaucoup d’entre nous ont un indigné en eux quelque part. Certains sont juste meilleurs que d’autres pour le retenir et lui dire « tout doux, reste couché, il y a d’autres batailles qui valent plus la peine d’être vécues. »

Parce que nous ne sommes pas tous pour ou contre quelqu’un ou quelque chose, il y a cette position tempérée que l’on appelle la nuance : j’adore la nuance. Pour certains, la nuance, c’est beige. Pour moi, c’est réussir à demeurer au-dessus de la mêlée et ce n’est pas toujours facile, je l’admets.

Oui, le monde 2.0 se nourrit à l’indignation. Parfois, je suis nostalgique de l’époque où l’on mâchait son idée quelques jours avant qu’elle tombe dans l’oubli.

Oui, le monde 2.0 apporte son lot d’agressivité de laquelle on était épargné à l’époque des téléphones à roulette.

À tous les indignés du jour, est-ce qu’on part 2017 en douceur? Et si on prenait une pause syndicale ou non ? Je nous souhaite un peu plus de silence en 2017, et je m’inclus dans ce silence. Pas un silence permanent, mais parfois de passer son tour sur l’indignation du jour.

Silencieusement vôtre.