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Cet âge-là

J’ai atteint cet âge-là. Ça s’est fait subtilement, tranquillement et sans éclat. On y arrive sans même avoir eu le temps de s’en rendre compte. On l’atteint. L’âge où autour de soi, les espoirs se transforment en épreuves. Cet âge où le cœur vacille et où la routine finit par user les sourires. Depuis peut-être deux ou trois ans, les statistiques me rattrapent. Depuis quelque temps, le temps a fait son temps.

Je suis rendu à cet âge, où les coups de téléphone à des heures inhabituelles sont un présage de mauvaises nouvelles. Je suis de cet âge où tout ne tourne plus si rond. Je suis à cet âge, où l’eau a suffisamment coulée sous les ponts pour que le temps fasse son œuvre. Ce moment de la vie où l’on atteint le point d’inflexion entre naïveté et cynisme. L’âge où l’on est un peu figé dans une réalité. L’âge où la vie de tes amis s’effondre.

À 37 ans, on a une petite idée de ce qu’aura l’air la suite des choses. On ne sait pas exactement ce qu’elle sera, mais on sait très bien ce qu’elle ne sera plus. Ce n’est pas négatif ou pessimiste, ce n’est qu’un état de fait. L’âge où le rétroviseur est parsemé de fissures qui font partie de notre angle de vision pour la suite.

C’est comme un mauvais scénario qui se répète. On se sent comme dans une chanson de Mylène Farmer. Le désenchantement s’agite. On s’approche de l’âge de l’accepter. On étudie une bonne partie de notre vie, pour avoir un emploi, s’acheter une résidence, faire des enfants et puis après ? Après on se questionne sur la signification de tout cela. Après, on rêve juste d’avoir moins et de vivre plus. Après, la raison prend le dessus sur les désirs. À mesure que l’on se bâtit une vie, on y laisse un peu de soi. Chaque rêve réalisé en éteint un autre. La vie n’est qu’un long cycle de choix qui modifient la suite des choses.

Je suis arrivé à cet âge où la simple mention d’un sourire, d’une personne ou d’une situation humecte les yeux de l’ami. Je suis à cet âge de contraintes et de déceptions. Je suis à cet âge où les hommes se prennent dans les bras pour absorber un peu de peine d’un ami en se moquant bien de ce que les autres peuvent en penser.

Je suis à cet âge où il y a encore du beau à venir, mais où il faut parfois une béquille pour le vivre.

Dans une vie où il faut tout planifier, tout prévoir, l’imprévisible frappe. Dans une vie où tout semble bien rose, tout est un peu plus brun que prévu. Comme un café refroidi par la tiédeur de la température ambiante.

Je suis à rendu à cet âge où tout a un goût un peu amer, même si on a sucré le présent d’un instant de sourire.

Le temps a laissé sa marque. Sur notre peau, sur notre cœur.

Derrière tous ces portraits Facebook, Instagram ou SnapChat, il y a quelque part de l’ordinaire dont on ne parle pas. Parce que l’ordinaire n’est plus. L’ordinaire se cache. On ne se contente plus de cela. On veut plus. À force de vouloir plus, on finit avec moins. Aussi paradoxal que cela puisse paraître.

Cet âge-là où Rod de la Petite Vie disait « J’ai l’air du père de Fernand Gignac » la pipe au bec. (1)

J’ai atteint cet âge-là où l’on n’est ni jeune ni vieux.

Oui, ce point d’inflexion où l’on passe de l’autre côté du versant en tentant de ralentir la descente pour ne rien manquer au passage. Oui, l’âge où l’on débarque du télésiège en se disant « l’ascension est terminée. »

Peu importe comment on négociera le reste, on arrivera tous en bout de piste. Plus ou moins rapidement, il y aura cette justice d’arriver à la fin. Peu importe la beauté, la chance, le portefeuille ou l’amour que l’on aura reçu.

Oui, je suis rendu à cet âge-là où l’on écrase ses lunettes roses à pieds joints et où le sourire est souvent juste en coin.

Oui, je suis rendu-là où les doigts pleurent sur le clavier, sans en avoir honte, ni en être gêné.

 

Note (1): Notez le nom de l’animateur de foule dans le générique.