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Plongée en profondeur avec Vincent River

 
Danielle Proulx et Renaud Lacelle-Bourdon dans Vincent River
Photo: Yanick MacDonald

Je suis allée voir Vincent River de Philip Ridley à La Nouvelle Scène hier. Je dois vous dire que cette pièce marque au fer rouge son spectateur qui ne s'attend probablement pas à être remué de la sorte. C'est que les deux personnages de la production, Anita et Davey nous entraine avec eux dans de sombres racoins du deuil pour fouiller les bibittes noires au fond du placard afin de les sortir à tout jamais. Je vous résume un peu l'histoire: Vincent River est le nom d'un homme de 35 ans qui a été retrouvé assassiné dans un «repaire d'homosexuels». La pièce commence alors que sa mère, installée dans un appartement délabré, laisse entrer l'étranger qui la suit comme un chien depuis la mort de son fils. Le jeune homme dit avoir été celui qui a découvert le corps de Vincent River. Dès lors s'installe un climat de confrontation entre les deux oiseaux blessés tous deux en quête d'en savoir plus sur cette mort qui a laissé une brèche énorme dans leur vie. Que dire de la pièce sinon que tout lui réussit d'abord et avant tout grâce aux merveilleux comédiens lui donnant vie. Danielle Proulx est troublante de vérité dans son rôle d'une mère qui se noie dans sa peine et l'alcool, qui n'a pas complètement perdu son humour et qui est animée néanmoins par une grande curiosité face aux circonstances du meurtre. Rares sont ces actrices qui arrivent à vivre chaque instant, chaque parole, chaque seconde de son personnage, sans anticiper la réplique suivante. Une grande actrice que je découvre au théâtre pour la première fois! Une révélation pour moi que ce jeune Renaud Lacelle-Bourdon, merveilleux dans son personnage de jeune ado frustré, perdu, affligé. On a définitivement pas fini de le voir évoluer au théâtre et peut-être aussi sur petit écran, qui sait? Il déborde de charme et je suis certaine que la caméra l'aimerait beaucoup!
Malgré tout, n'allez pas penser que la pièce est du «grattage de bobo incessant», des jets de lumière percent néanmoins et on se surprend de l'humour du texte qui allège le tout. Vincent River c'est aussi une pièce qui se déroule à huis-clos et donc en temps réel, ce qui contribue à plonger le spectateur dans l'intensité du moment, en témoin silencieux.
Ainsi, c'est une belle petite pièce accessible que nous propose le Théâtre de la Vieille 17, dans une mise en scène impeccable de Robert Bellefeuille. Et à voir le visage froissé des acteurs à la fin de la représentation, on sent l'investissement que ceux-ci ont dû mettre pour raconter cette histoire pénible, qui n'a certainement pas les mêmes raisonnances que lors de son écriture il y a quelques années, mais qui s'avère encore nécessaire aujourd'hui.
Si la pièce vous intéresse, profitez-en car elle est à l'affiche à La Nouvelle Scène
jusqu'au 10 février.