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Récit d’une controverse en Iran autour de Bleu est une couleur chaude

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Le Bleu est une couleur chaude a fait controverse, au fil de février, en Iran.

La BD de Julie Maroh (adaptée au cinéma sous le titre La Vie d’Adèle) pose problème à sa traductrice iranienne, la poètesse Sepideh Jodeyri. « Citoyenne iranienne, elle découvre Le Bleu est une couleur chaude en Europe et décide de le traduire en persan. C’est là tout ce qu’on lui reproche et ce pour quoi on la harcèle aujourd’hui », expliquait Julie Maroh sur son blogue, à la mi-février.

C’est qu’après avoir commis la traduction persane du Bleu (éditée à Paris), Mme Jodeyri, par le biais de son éditeur à Téhéran, a commis un recueil de poésie.

Puis, les passions se sont déchaînées (je vous rappelle qu’en Iran, l’homosexualité est un crime passible de peine de mort) : « Tous se sont empressés de non seulement condamner Sepideh pour sa traduction du Bleu et son « soutien à l’homosexualité« , mais aussi d’attaquer l’éditeur local qui osait publier les livres de cette « criminelle« . » 

Lorsque Maroh prend d’abord la parole sur son blogue, cela fait déjà plusieurs jours que ce qu’elle qualifie de « lynchage médiatique » envers l’auteur perdure.

Capture6« Sepideh n’a désormais plus aucun espoir de voir ses livres publiés dans son pays, et dont l’éditeur est menacé de perdre son autorisation de publication. Quant au directeur du musée où devait avoir lieu la promotion de son nouveau recueil de poèmes, il a tout simplement été renvoyé », indiquait-elle.

« Il m’est insupportable qu’on laisse passer de tels événements sous silence. C’est une atteinte de plus cette année, cette vie, à notre liberté d’écrire, de lire, de communiquer et par-dessus tout d’aimer », ajoutait-elle, lançant un appel à la solidarité.

Quatre jours plus tard, celui-ci est venu : une multitude d’articles, un peu partout en Europe, dénoncent la situation, au fil d’entrevue avec la poétesse ou de témoignages divers.

Des échos même jusqu’au Canada, où l’éditeur Arsenalia (qui porte la version anglaise du Bleu) a dénoncé la situation en Iran, et s’est permis de rappeler que les droits humains ne sont jamais acquis, où que ce soit (faisant référence à une controverse autour d’un livre de Raziel Reid, dont la nomination au prix littérature jeunesse du Gouverneur général avait été décriée pour son sujet et les valeurs qu’il transmettait dans certains médias anglophones, comme le National Post) (vous pouvez d’ailleurs lire le texte de Arsenalia ici).

Puis, une dizaine de jours plus tard, renversement de situation. La pression liée à la médiatisation européenne de l’affaire aura fait son œuvre.

« Figurez-vous que depuis que la situation de Sepideh Jodeyri a fait couler de l’encre en Europe et ailleurs, ceux qui se faisaient si oppressants en Iran ont commencé à se replier. Non seulement l’éditeur de Sepideh a cessé de recevoir des menaces, mais également les pires articles contre la poétesse supportrice des droits des homosexuels ont disparu comme par magie! (…) Le nom de Sepideh reste tabou dans son pays, mais ce repli est déjà une victoire », explique Julie Maroh, toujours sur son blogue.

Vous pouvez trouver les différents textes écrits par Julie Maroh (et nombre de références à cette affaire dans les différents médias), au fil de trois articles de son blogue : Soutien à Sepideh Jodeyri, Merci pour Sepideh! et Raja News Error 404.