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Les croquis de danse de Francis Desharnais

FDESharnais1L’exposition devait prendre fin à la mi-octobre, donc j’avais fait mon deuil de vous en parler… Mais j’ai vu, un peu plus tôt cette semaine, qu’elle était prolongée jusqu’au 31 octobre, donc, je suis entièrement libre de vous en faire mention!

Vous savez peut-être que l’auteur BD Francis Desharnais offre, depuis quelques années, une collaboration avec La Rotonde, pour laquelle il réalise des croquis de leurs différents spectacles – une démarche qui s’insère dans une expérimentation, plus large, qui l’a amené également à offrir plusieurs croquis à saveur culturelle, au fil de spectacles musicaux, notamment au Festival d’été de Québec.

Et bien, question de couronner ces belles années de collaboration, Desharnais a choisi de tirer le meilleur de ses croquis réalisés à l’attention de La Rotonde et de les offrir en exposition, intitulée Dessins, DANSEZ! dans le foyer du Théâtre Périscope.

Un peu plus d’une douzaine d’images, imprimées sur papier aquarelle. Question de les découvrir sous un autre œil – hors du Web, surtout, et hors de leur contexte premier de diffusion. Une occasion pour l’observateur de s’attarder plus avant au mouvement, à la dynamique de l’image, à l’histoire qui est portée par ce croquis, spécifiquement.

J’en ai profité pour échanger un brin avec l’artiste, autour de son travail sur les croquis.

Voici un court résumé de cet échange, en formule « Question et réponse » :

Qu’est-ce qui t’attire dans ce genre de mandat?

« C’est le fait de réaliser des dessins presque instantanément. C’est le côté limite photographique de l’exercice qui me stimule beaucoup. Quand je suis à un spectacle, que j’ai à faire des dessins, je suis hyper éveillé, concentré sur ce qui se passe, et en même temps j’essaie d’être concentré sur le dessin. Ça fait une écoute très active, je dirais. Même que lorsque j’ai arrêté de faire des croquis pour le Festival d’été de Québec et je me suis mis à aller voir des spectacles sans dessiner, je trouvais ça un peu plus plate parce que je trouvais qu’il me manquait de quoi… Parallèlement, quand on regarde mes bandes dessinées, c’est presque léché, dans la mesure où c’est très « ligne claire » ce que je fais, il n’y a pas beaucoup de trucs qui dépasse, c’est pas mal des formes géométriques. Dans le croquis, ça me permet d’avoir un dessin plus spontané, plus lâché, même carrément imparfait, carrément pas fini non plus, et c’est ça que j’aime! En quelques secondes, j’essaie d’attraper une posture, un mouvement, et à le rendre de façon intelligible… L’imperfection a quelque chose de très expressif – c’est ça qui me plaît beaucoup. »

Tu utilises un crayon assez gras, pour aller chercher une ligne expressive, une ligne qui a de la personnalité?

« J’utilise un crayon-pinceau avec des cartouches d’encre. Quand j’utilise ça, et que je fais un trait, tout de suite le pinceau me donne de l’expressivité. Si j’arrive à aller chercher le mouvement qu’il ne faut, ça me donne un résultat qui, justement, est très expressif. »

L’idée n’est pas de représenter le mouvement à l’identique, mais de le capter

« Je dis souvent, à la blague, que le croquis c’est plus fort que la photo – dans la mesure où, lorsqu’on capte ces moments-là, qu’on arrive à les transposer avec toute cette imperfection-là, il y a un je-ne-sais-quoi, quelque chose que la photo ne donne plus, parce qu’il y en a tellement, aujourd’hui, qu’on en a tellement vu, aujourd’hui… donc, de voir un événement transposé en dessin comme ça, de façon aussi brute, ça lui donne de la vie en plus. »

Partage de moments avec les spectateurs?

« Ça m’intrigue toujours à chaque fois, le lendemain d’un spectacle, quand je mets en ligne ces croquis-là, que les gens me disent qu’ils se rappellent de ça ou ça… C’est comme si ça venait chercher la mémoire presque émotive des gens. J’arrive à aller chercher des moments assez précis du spectacle, mais qui peuvent avoir marqués d’autres personnes. Le fait que les gens s’en rappellent, pour moi, c’est un signe d’une mission accomplie. »

Comment on se prépare pour réussir à dessiner quelque chose qui fonctionne esthétiquement, en restant conscient du spectacle?

FDESHARNAIS2« Les spectacles de danse c’est particulièrement difficile – ça bouge tout le temps, par définition! Des fois, du voit des très beaux moments, tu vois des espèces de positions incroyables que tu aurais envie de dessiner là, maintenant, mais il est trop tard, puisque le temps de me dire ça, je l’ai raté… L’idée est de dessiner presque tout le temps pendant le spectacle, ce qui fait que ce n’est pas tout que je présente au public par la suite… Il y en a beaucoup qui sont ratés – en particulier les premiers, qui ne franchissent que rarement le pas de mon carnet, mais petit à petit, là j’en réussi un : c’est probablement aussi le fait que le spectacle avance, que moi je m’imprègne plus du spectacle. Il y a des grands moments – tout de même – où je vais écouter le spectacle : je ne veux pas trop en perdre parce que je suis en train de dessiner… C’est une sorte d’équilibre que j’essaie de trouver. En général, ça va assez bien! »

Avec l’expérience, la technique se fait plus claire?

« Je trouve que c’est de plus en plus difficile. Je ne sais pas… La dernière année a été plus ardue, peut-être parce que mes standards de qualité augmentent… Les derniers spectacles, je les ai trouvés plus difficiles, bien que ça ait donné des bons résultats tout de même! Mais c’est une des raisons pour lesquelles cette année, ma collaboration avec la Rotonde va changer – à moins que ça ne plaise pas aux gens – je vais plutôt offrir des bandes dessinées inspirées du thème de la danse contemporaine, donc il n’y aura pas de carnet de croquis comme tel… Peut-être que j’en ferai à l’occasion pour le plaisir, mais, pour l’instant, on essaie quelque chose d’autre. »

Mais, bien que l’expérience – format croquis – s’arrête pour le moment, de manière « officielle », Francis Desharnais continuera toutefois d’expérimenter autour de ce style plus « spontané » qu’il offre dans ces croquis, mais, cette fois, il l’amènera vers la sphère BD, dans le contexte d’un nouveau projet d’album – au caractère très personnel – sur lequel il planche tout particulièrement.

Mais, d’ici là, on peut aller faire un tour au Théâtre Périscope, jusqu’au 31 octobre, pour découvrir les croquis proposés par l’auteur.

Pour plus de détails ou les heures d’ouvertures de l’espace, jetez un coup d’œil à l’événement Facebook de l’exposition.