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L’Esprit du camp, entre quotidien et fantastique

esprit-01-coverlrAprès Le Domaine Grisloire, impression que Michel Falardeau reviens un brin vers l’ambiance et l’humour de French Kiss 1986 avec son tout dernier né, L’Esprit du camp, publié en début d’été 2017 chez Lounak. Retour vers l’humour, mais aussi retour vers l’ambiance, l’enfance et l’adolescence, autant que l’esprit nostalgique (après French Kiss qui avait lieu dans les années 1980, L’Esprit du camp lui, se déroule dans les années 90). Et j’en suis évidemment – en lecteur fidèle – bien content.

Parce que j’avais bien apprécié French Kiss 1986.

Et, de ce fait, parce que j’ai aussi bien aimé L’Esprit du camp.

En quelques mots : Falardeau nous amène ici encore une fois « en région ». Dans un camp de vacance (pour la petite histoire : un brin inspiré des souvenirs d’enfance de l’auteur). L’héroïne se retrouve là, un brin forcée d’y être. Obligée d’occuper un emploi d’été, elle s’attelle à la tâche avec la plus mauvaise foi du monde – au départ – pour éventuellement se laisser gagner par l’esprit du camp (justement). D’un jugement au premier abord où elle (comme nous, lecteurs) avait le réflexe de diminuer au premier stéréotype venu ses co-moniteurs, sa (et notre) vision du petit monde des employés du camp évolue. Cela au rythme du quotidien de l’endroit et des velléités des enfants qu’elle et ses collègues sont en charge de surveiller (et de l’humour pas toujours bien subtil de ladite marmaille).

Mais.

Car il y a un mais.

Toute cette histoire se déroule sous une certaine tension.

1955985994-18Dès les premières pages, Falardeau introduit une dimension mythologique, fantastique à l’histoire – c’est là d’ailleurs que L’Esprit du camp rejoindra un brin le caractère du Domaine Grisloire, prenant quelques distances d’avec French Kiss 1986 et offrant un nouveau terrain de jeu, à mi-chemin entre le premier et le deuxième, pour l’auteur québécois. Mais je m’égare : mythe, je disais. Ce mythe est un peu celui de l’esprit du camp (vous saisissez ici le double sens que je perçois au titre). Il y aurait donc quelque créature maléfique qui habiterait les lieux… et justement, comme par hasard, le directeur du camp est un type particulier, dur à saisir, qui pourrait fort bien posséder une dimension sombre… quelques séquences de rêve peut-être éveillé à l’appui.

Au fil du tome 1, on place les ingrédients. On voit notre héroïne évoluer.

Et on ressent une petite crainte…

On voudrait « donc ben » profiter de l’ambiance du camp, des blagues lancées par l’un ou l’autre, de ce sentiment chaleureux de savoir que notre héroïne évolue, profite – à l’instar des autres – de ces moments de liberté ou, tant pour les moniteurs que les enfants, on est pour la première fois loin des parents, dans un monde où plus est permis (du côté « récit initiatique » de l’histoire, en fait). Mais il y a toujours ce « mais ». Cette petite tension qui force le lecteur à garder en tête cette petite crainte… Tout comme l’héroïne, en fait – qui, on peut l’imaginer, aimerait bien profiter de tout ça elle aussi. Mais elle a, comme le lecteur, ce petit « mais », mais en arrière-pensée.

À écrire ça, j’aurais envie de dire que Michel Falardeau nous offre un récit bien construit.

1571745737-17On est capable de bien saisir les motivations, l’évolution, de sa protagoniste. Ses joies (comme celle d’enfin faire ses besoins – le classique numéro 2 – dans des toilettes publiques pour la première fois) comme ses craintes (les séquences de rêve peut-être éveillé sus-mentionnées). Le volet « immersif » (si on pousse un peu) est donc bien assis.

Et tout ça, aidé par l’habituelle maîtrise qu’a Falardeau pour les dialogues.

Je pourrai m’étancher longuement de compliments pour ceux-ci, mais, par souci de « faire court » (surtout dans un contexte où je suis en train de « faire long »), je me limiterai à ce commentaire sur lequel vous pourrez, si vous le souhaitez, me citer : « Pour les dialogues, Falardeau, lui, il l’a l’affaire. » C’est punché, c’est dynamique, et surtout, ça sonne vrai. Zéro fake. Et Dieu sait qu’on peut facilement se heurter à un sentiment de « non-vérité » quand on écrit dans un jargon lié à l’adolescence, qui plus est à l’adolescence des années 1990. Mais non : Falardeau, lui, il l’a.

Tout ça pour dire que L’Esprit du camp, c’est bon. Le scénario est solide, le dessin aussi. Que je vous le recommande. Cela en attendant le tome 2 – qui, dit-on, arrivera en juin prochain, à temps pour la prochaine saison des camps de vacances, justement.

Et tiens, pour en apprendre un peu plus sur le récit, j’ai aussi réalisé une petite entrevue téléphonique – un peu moins de 20 minutes, il n’y a pas si longtemps, avec Michel Falardeau :