Restos / Bars

Lucca : Comme à Florence

Sans prétendre que la Petite-Italie commence à ressembler au quartier Santa Croce de Florence, il est indéniable que, depuis quelques années, elle se sort de sa torpeur. On n’a qu’à penser à tous les restaurants ouverts récemment, dont le Quelli Della Notte, qui est certainement le meilleur et le plus beau.

A deux pas, Lucca est un endroit du même genre, qui commence à peine sa carrière. Déjà, il attire une clientèle bien mise et, apparemment, bien élevée! Mais il le fait dans un registre moins huppé et moins élégant que son voisin. Cela ne l’empêche pas d’être un restaurant attrayant et, dans ce cas, décoré comme une vraie trattoria de Florence avec des touches rustiques et sophistiquées.

L’endroit est rénové avec tant de malice qu’on se rend à peine compte qu’il s’agissait autrefois d’un vieux caffè. Partout on sent les détails calculés au millimètre près. Dans cet environnement de bois et de verre où les spécialités proposées figurent sur un grand tableau noir, les banquettes sont confortables, les verres sont beaux et la vaisselle étincelle de blancheur. Le service est fait avec précision et professionnalisme sous un éclairage bien approprié. Même les salles de bain semblent être aménagées par une équipe de designers!

Dans cette cuisine qui se donne des airs campagnards, on ne peut pas dire que tout roule aussi rondement cependant. Si l’on ne peut nier la fraîcheur des produits, autant la qualité de l’huile d’olive que l’on vous offre avec la bruschetta en guise de mise en bouche (faite avec des tomates sans goût) que celle du parmigiano, déjà râpé, que le serveur vient saupoudrer sur les plats, il y a pourtant quelques ajustements à surveiller. Mais, j’insiste, la cuisine n’est pas mal faite, sauf qu’elle ne détone pas vraiment. Quelques détails dans l’assaisonnement et la précision la rendent un peu inachevée.

L’automne, c’est la saison des soupes. Et les Italiens sont passés maîtres dans l’art du bouillon fortifiant. On vous propose un minestrone aux pommes de terre et aux pâtes (le cauchemar de Montignac, tiens!), dans un bouillon riche et parfumé auquel il manque cependant un peu de sel. On peut le ranimer en lui mettant un filet d’huile d’olive. L’assiette de légumes grillés offre une belle sélection du potager méditerranéen: des courgettes, de fines tranches d’aubergine, des moitiés de tomates, des poivrons, tous nappés d’huile avant d’être légèrement calcinés. Dans la même assiette, on ajoute une tranche d’un fromage de type asiago assez piquant et tout à fait délicieux.

Les plats? Ils témoignent de l’ascendance méridionale du chef, mais montrent encore assez peu de créativité. Une assiette d’espadon taillé en languettes et sauté dans l’huile, nappé de jus de citron, accompagné de pommes de terre rôties, ce plat, somme toute de ménagère, est facturé, comme de la grande cuisine, à 18 $! J’aime mieux le risotto bianco, simple et réconfortant, dont la cuisson et l’assaisonnement sont corrects et savoureux. Saupoudré de parmigiano, c’est le comfort food par excellence. En guise de pasta, les mezze-maniche – des espèces de rigatonis tronqués – sont servis dans un ragù bolognese plein de viande et bien tomaté, mais malheureusement un peu trop acide.

En dessert, le tiramisù est vu et revu cent fois, et le gâteau au fromage n’a rien d’italien, ce qui montre qu’il y aurait place pour un peu plus d’imagination. Quoique jouant la richesse, le gâteau à la ricotta, lui, reste onctueux et assez bon, quant au café, ma foi! il est extraordinaire. Je me demande d’ailleurs comment les Montréalais – grands amateurs de café, il faut le reconnaître – tolèrent encore ces chaînes où le pétrole du matin est d’une insipidité cruelle. Vite! Précipitez-vous dans la Petite-Italie et cherchez les vrais espressos, comme on les prépare à Rome ou à Venise.
Les vins chez Lucca jouent la carte locale, mais l’assortiment reste encore incomplet. On peut cependant noter que la sélection est bonne et que les petits crus sont facturés raisonnablement. Côté cuisine, tout est proposé à la carte, les entrées de 4 à 11 $, les plats principaux de 14 à 20 $. Mais ces prix comprennent heureusement les taxes, ce qui rend l’addition moins douloureuse. Comptez 85 $ pour trois repas, avant le vin mais en incluant les taxes et le service.
Lucca
12, rue Dante
Tél.: (514) 278-6502

Amuse-gueule
Ah! le café! Rien n’égale la Petite-Italie pour en prendre un qui soit à la fois divin, réconfortant, tonique et… parfait. C’est que les Italiens détiennent la paternité du café. Eh oui, ils en faisaient bien avant les chaînes commerciales de Seattle ou de Vancouver. Les meilleurs endroits: Caffè Italia, Caffè Epoca, Café International, et la brûlerie Chez Lino (qui torréfie le café sur place et vend ce que je considère comme le meilleur café en ville) boulevard Saint-Laurent, au sud de la rue Jean-Talon. Dans les rues Dante, Drolet et Mozart, on trouve cinq ou six établissements fréquentés par les pépés et les amateurs d e calcio. Beaucoup d’atmosphère.