Restos / Bars

Phó Liên : Cuisine dans un bol

On sait que Côte-des-Neiges fait coexister plusieurs faubourgs en un, sous la mine singulière d’un quartier universitaire. Le carrefour juif, le coin antillais, les secteurs sri-lankais, filipino, chinois ou cambodgien, entourent un essaim d’épiceries et d’estaminets populaires. Si ces haltes pour "indigènes" greffés à l’Amérique ne proposent aucun luxe, elles offrent en revanche une âme et perpétuent l’ambiance de troquets torrides et exotiques. Oui! ce quartier vous donnera le sentiment que vous êtes un touriste. Surtout à  table.

On sait que Côte-des-Neiges fait coexister plusieurs faubourgs en un, sous la mine singulière d’un quartier universitaire. Le carrefour juif, le coin antillais, les secteurs sri-lankais, filipino, chinois ou cambodgien, entourent un essaim d’épiceries et d’estaminets populaires. Si ces haltes pour "indigènes" greffés à l’Amérique ne proposent aucun luxe, elles offrent en revanche une âme et perpétuent l’ambiance de troquets torrides et exotiques. Oui! ce quartier vous donnera le sentiment que vous êtes un touriste. Surtout à table.

Les troquets aux phos vietnamiens, avec lesquels les Montréalais sont familiers depuis presque 20 ans qu’ils les nourrissent à peu de frais, sont des institutions aussi chères aux Indochinois d’ici que la sauce de poisson. Et Phó Liên (du nom de la patronne), une petite buvette très sympathique, installée depuis plusieurs années sur le versant nord de la Côte, fait beaucoup pour maintenir la réputation de ce modeste bouillon de boeuf et d’épices, servi sur des nouilles et des herbes fraîches, du citron vert et des haricots germés, et accompagné de toutes les manières du règne animal – ou presque – et de toutes ses parties. Ce qui ne signifie pas que vous êtes tenu de vous accommoder de tripes, de gras jaune et de tendons bien mous. Au contraire, la soupe pho peut être servie sans viande (mais ce serait triste de bouder l’authentique, qui s’accompagne toujours de bidoche) ou avec du poulet, du boeuf saignant, et même des boulettes de viande hachée. La carte compte aussi plusieurs spécialités en plus des soupes qui, selon plusieurs sources sûres, seraient les meilleures en ville. Pourquoi? Le bouillon sans doute, au parfum exubérant, mystérieusement aromatisé (on nous refuse la recette, bien entendu) et absolument délectable. On peut aisément partager une soupe et s’offrir un sauté de poulet ou de boeuf à la chinoise, au gingembre, à la citronnelle, ou même à l’ananas, servi ici sur des vermicelles passés à la vapeur ou, mieux, du riz. Les plats sont faits avec grand soin et rien n’est laissé au hasard dans la présentation de tous ces mets, aussi simples soient-ils.

Au chapitre des curiosités, la salade de papaye crue et verte, dont le croquant et le goût rappellent celui du concombre, s’accompagne de minces tranches de boeuf séché et mariné dans un condiment fortement parfumé à l’anis étoilé et constitue une entrée en matière plus originale que les rouleaux impériaux, de facture très conventionnelle mais savoureux quand même. C’est d’ailleurs le genre de bricole dont on se ferait un repas tellement c’est bon. La maison propose aussi le Còm Bi, du porc émincé sauté à l’ail et servi dans un gros bol de riz glutineux. Excellent et nourrissant. Et les week-ends, le Bun Bo Hué calorique et riche, la soupe propre au centre du pays, dans lequel le porc et le boeuf sont cuits ensemble à même le bouillon avec de la citronnelle et du piment.

Quiconque a encore le culot de croire qu’à Montréal il est impossible de manger un repas pour moins de 10 $ (qui ne soit de l’infect fast-food de chaîne) se trompe. Dans ce bistro, un repas vous coûtera difficilement plus de 15 $ par personne avec les taxes et le service et je ne sais combien de plats. Limonade (exquise) en sus.

Bémol: Oui! bon, l’ambiance n’est pas de tout repos, c’est bruyant et agité et ça rappelle l’Asie dans ce qu’elle a de plus vital. Certains vont s’user la voix.

Dièse: L’accueil tout sourire, les sourires pendant le service, les sourires quand vous payez. Voilà des Vietnamiens qui aiment faire ce métier et qui semblent aimer leurs clients.

Phó Liên
5703, chemin de la Côte-des-Neiges
735-6949

CAFÉ CULTURE
Il ne s’agit pas à proprement parler d’un café. Mais on peut prendre un american coffee confortablement installé à l’une des deux tables à l’entrée de la Pâtisserie Wavel, deuxième du nom, ouverte au cours de l’hiver dernier en plein centre-ville. Qu’y a-t-il de spécial dans le fait qu’une pâtisserie de l’est s’installe dans l’ouest (à part l’incongruité de la chose)? C’est simple: cette pâtisserie est le dernier symbole d’une communauté, les Polonais, qui a longtemps habité le quartier à la hauteur de Frontenac et dont Wavel est l’un des derniers bastions en ville qui résistent encore, un peu comme le village d’Astérix. Goûtez à tous les styles de gâteaux au pavot ou au fromage, aux brioches à l’air familier mais au parfum distinct, aux pains denses et, surtout, aux beignes, farcis à la confiture de prunes ou de cerises, qui vous feront certainement prendre conscience de la lourdeur des brioches commerciales. Très old world. Et mon Dieu, ces beaux accents polonais!

Pâtisserie Wavel
1413, rue Saint-Marc
938-8388