Restos / Bars

L’auberge du Grand Fleuve : La belle histoire

Dressé au bord de la mer, ce charmant "bouquin-couette" offre l’une des plus belles vues de la Gaspésie, un environnement reposant et une appétissante cuisine  régionale.

"Vous pourrez dire que vous avez soupé en face du Pont d’or!" Ce commentaire vient de la gauche, plus précisément d’une dame que j’avais déjà rencontrée pour des raisons professionnelles, mais que, ce soir, je n’avais pas tout de suite reconnue. J’ai appris d’elle que, dans la région, on appelle Pont d’or cette large bande de lumière éclatante qui relie la rive au soleil couchant. Son compagnon et ma compagne s’étaient peu après mêlés à la conversation et nous avions, avec la même bonne humeur, discuté des bienfaits de l’air marin et de ce repas déjà bien amorcé. J’avais pour ma part commencé par un petit (trop petit) feuilleté de ris de veau flambés au chicoutai. Les ris de veau fondent littéralement sur la langue. Moelleux et bien dénervés, mouillés d’une sauce au lait cru, ils ont aussi beaucoup de goût et s’harmonisent parfaitement avec la "duxelle de champignons et pignons" servie en accompagnement. Quant à mon amie, elle avait tout de suite craqué pour un "duo rouleau de printemps et gravlax sur feuille de bananier, coulis de tomates à la limette". Pour compléter cette succulente palette de saveurs – dont on se pourlèche en y repensant -, l’assiette comportait également deux raviolis (dim-sum) de crevettes aussi gourmands que délicats. Maintenant, la salle est bondée, les conversations vont bon train. Il y a même des clients dans la bibliothèque attenante, garnie de livres anciens, vieux ou presque neufs. On retrouve aussi des livres dans chaque chambre et, qu’on le veuille ou non, on finit par savoir que les proprios furent bouquinistes pendant quelques années à Quimper. Les nombreuses fenêtres de la pièce sont autant d’invitations à s’évader en direction du large. Sous nos yeux, c’est encore le fleuve et c’est aussi la mer. Des vacanciers nonchalants se promènent sur la plage. Un phare clignote au loin, sur la gauche. Dans la cour même de l’auberge vous accueillent des chaises de parterre, une balançoire, un hamac. Ici et là, et jusqu’en bordure de la galerie de bois où nous avons pris l’apéro, fleurs, salades et fines herbes croissent en toute camaraderie. J’invite mon amie à trinquer, comme ça, sans raison précise. Sans doute parce que je me sens bien, heureux, débranché de la routine, euphorisé de bon vin et de fumets qui vous embaument la rêverie. La soupe (miso) embaume tout autant quand on la pose devant moi. De larges morceaux de champignons y flottent. Le goût des fruits de mer n’y est pas aussi soutenu que je l’espérais, mais c’est tout de même un agréable trait d’union entre mon entrée et le gigot d’agneau qui s’en vient… Mon amie termine sa verdurette – bien huilée, à peine vinaigrée – de feuilles d’un vert franc, croquantes, désaltérantes à force de fraîcheur. Et puis, voici le "gigot d’agneau d’ici au miel et à l’ail, infusion de serpolet"! Les fines tranches de viande, un peu rosées, s’étagent sur un arrangement d’épinards, de carottes, de betteraves, de polenta fine et bien assaisonnée. Dessus, une branche de thym encore chaude et mouillée de cette même sauce brune nappant le fond de l’assiette. Le coup de foudre? Presque. L’agneau est d’une exceptionnelle tendreté, gorgé de sucs denses qui révèlent tous leurs secrets au contact d’une sauce par ailleurs serrée. La bouche en jouit. Le reste du corps également. Dans les yeux de ma compagne, je lis un plaisir qui se compare sans doute avantageusement au mien. Un filet de morue dressé avec art, chapeauté d’un champignon dit "oreille de la forêt", lui-même coiffé d’un onctueux foie de morue: divin! Incroyable, mais vrai: à toutes les tables où l’on a commandé ce plat, c’est le même sourire béat, le même regard extatique. Tout y est finesse et harmonie, et ce mets n’a que le défaut de ne pas durer éternellement… Nous en reparlons encore, plus tard, après les cafés, après le gâteau chiffon – qui n’en efface pas le souvenir. Nous en reparlons aussi à d’autres convives, comme pour les relancer, quand ils nous vantent les mérites de la pintade laquée ou du plat de turbot et pétoncles…

L’auberge du Grand Fleuve
47, rue Principale
Les Boules (Québec)
Téléphone: (418) 936-3332
Table d’hôte: 33,50 à 35,50 $
Forfaits: 155 à 175 $
Forfait pour deux (incluant hébergement, deux repas, taxes et boissons): 207,05 $