En découvrant sa cuisine, il y a environ deux ans, à la table d’une auberge gaspésienne, j’avais imaginé Colombe Saint-Pierre plus âgée – sans doute en raison de cette sûreté de main qui, je le constate ce soir, n’a pu que s’affirmer. À la fin de la soirée, quand mon amie et moi demanderons à voir "le chef", c’est une jeune personne de 26 ans, joviale et loquace, qui nous sera présentée. C’est aussi une passionnée qui, en plus de cuisiner chaque jour pour une salle pleine, suit des cours de journalisme et assure la chronique culinaire du Mouton noir de Rimouski. Un peu plus tôt dans la journée, nous avions eu la sagesse de réserver après avoir consulté la carte et nous n’avons donc pas été de ceux qui, à l’heure du souper, durent rebrousser chemin faute de place. Pas encore tout à fait rodé, et manifestement débordé par une affluence inattendue, le service s’avérera lent, mais par ailleurs correct et d’une grande cordialité. Entre l’apéro et l’entrée, nos narines en resquille font provision de fumets divers – potages, volailles, viandes et poissons, tous ces mets qui font envie et dont, par jeu, nous supputons les saveurs. En face de moi, accroché au mur jaune, un petit tableau noir détaille les menus du midi: foie d’agneau poêlé, filet de turbot grillé, mijoté de bison au vin rouge… Quant à la table d’hôte, elle propose aujourd’hui des "raviolis d’agneau aux pacanes d’ailleurs", du maquereau, du pintadeau de Cornouaille, de la bouillabaisse, des tartares et quelques autres spécialités dont je cesse de me souvenir aussitôt que se pose devant moi un feuilleté de ris de veau flambés au cognac et aux amandes. La première bouchée vous inocule une bonne dose d’incrédulité; elle en appelle donc une deuxième et, là, vous commencez à sourire béatement comme un demeuré. Pas la moindre fausse note en ce qui concerne l’apprêt de ces ris moelleux qui fondent pratiquement dans la bouche et dont la sauce courte au "Sortilège" exalte et nuance le goût. Ma compagne, elle, fait son bonheur d’un petit légume légèrement duveteux qui ne court pas les tables, en l’occurrence les boutons floraux du salsifis des prés (Tragopogon pratensis). Végé dans l’âme, elle n’en a pas moins commandé du pintadeau comme plat de résistance. Mais, avant, nous avons droit tous deux à une crème de maïs au zeste de citron. Sceptique quant au résultat possible d’une telle alliance, je dois avouer que la fraîcheur des produits et le savant dosage des assaisonnements en assurent le succès à toutes les tables. La bonne humeur règne en effet dans la salle. Le bruit des conversations a gagné quelques décibels et l’on n’a aucun mal à capter, même d’une oreille distraite, les commentaires adressés à ceux qui nous servent. Sur une table proche de la nôtre, on vient de déposer un appétissant carré d’agneau qui ne figurait pas sur la carte (et qu’on a oublié de nous mentionner). Qu’à cela ne tienne, car voici mon magret de canard tant attendu, laqué au miel de fleurs sauvages. Sa croûte est un mélange d’épices qui craque tout doucement sous la dent et vous excite les moindres recoins du palais, alors que le magret jute son suc rosé et que vous salivez hors de toute mesure. Le pied!… Voire les deux! Mon amie? Ah oui, c’est vrai, elle est là. Elle vient de s’octroyer la mini-pause d’une gorgée de vin et repart à l’assaut de son pintadeau de Cornouaille (délicieux comme pas un!), de sa polenta moelleuse comme du beurre et des raisins de Corinthe semés dans son assiette, bien gorgés d’une sauce où s’épanouit la saveur de l’érable. Les incursions répétées de ma fourchette ne la troublent pas trop. Elles lui rendent service, au contraire, lui évitant de trop manger, elle qui a déjà fait son choix d’un dessert à savourer juste après un petit tour sur la terrasse fleurie – histoire de se dégourdir les jambes et de se "réinitialiser" l’appétit. Ainsi, un peu plus tard, nous accueillons en triomphe une tartelette à la rhubarbe et aux pétales de roses sauvages. Et elle nous prouve qu’elle l’avait bien mérité.
Café-bistro Chez Saint-Pierre
129, rue du Mont-Saint-Louis
Le Bic (Québec)
Téléphone: (418) 736-5051
Table d’hôte: 17 à 32 $
Menu du jour: 12 à 18 $
Souper pour deux (incluant boissons et taxes): 97,19 $
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Trois fois lauréat
La Ferme Tourilli de Saint-Raymond (Portneuf) vient d’être honorée trois fois au concours des fromages fins Caseus 2004 du Festival des fromages de Warwick. Son Cap-Rond, fromage cendré affiné 20 jours, a d’abord remporté le Prix de l’industrie destiné à "souligner l’originalité du produit, la qualité de sa fabrication, son image de marque fermière, sa mise en marché structurée, son apport à l’économie régionale", etc. Ce chèvre unique au Québec s’est aussi retrouvé finaliste comme meilleur fromage de chèvre à pâte molle et croûte fleurie. Enfin, la Ferme Tourilli, propriété du fromager Éric Proulx, a remporté une mention spéciale dans la catégorie Nouvelle fromagerie artisanale. Rappelons que le Cap-Rond fut le tout premier fromage produit par la Ferme Tourilli à ses débuts.