C’est un peu par hasard que je suis tombé sur le Restaurant le Montclair, dont l’attrayante façade rachète le nom (qui, pour des motifs purement subjectifs, ne me revient pas). On est en présence d’un beau bistro en long, au décor résolument contemporain: murs foncés, banquette lie-de-vin d’un côté et éclairage tamisé mais savant puisque, pour faire changement, on arrive à lire le menu sans plisser les yeux. De l’autre côté, un bar élégant, seul endroit où il est permis de fumer (avez-vous vu l’ange passer?).
Pour le moins éclectique, le menu essaime un peu dans toutes les directions (les sushis exceptés!). On sent le souci de plaire à tout le monde, et il faudrait être difficile pour ne pas y trouver de quoi se mettre sous la dent.
En entrée, nous avons choisi le chèvre chaud sur croûton (6 $), accompagné d’une petite salade: trois belles tranches de fromage fondant (il faut dire que la maison propose une courte mais judicieuse sélection de fromages fins du Québec) qui ont disparu dans le temps de le dire, canapé compris. Les quenelles chinoises à la sauce aux arachides (6 $), en réalité des beignets façon "dim sum" comme on en voit un peu partout, n’étaient guère plus inspirées, mais elles avaient au moins le mérite d’être correctement exécutées. Seule déception de la soirée, la salade d’épinards (8 $): les feuilles ont beau être d’une fraîcheur irréprochable, les quartiers d’orange et les champignons annoncés sont trop rares, et la vinaigrette à la moutarde et au miel, couci-couça.
L’hiver éveille en vous des instincts carnivores inavouables? La maison propose un steak frites (22 $) des plus respectables: une belle entrecôte marquée de main de maître, au bon goût grillé, servie comme on la voulait, "bleue" en l’occurrence. Même doigté du côté des frites, impeccables et abondantes. Pourquoi ne pas faire une petite entorse à la tradition française et accompagner le plat de quelques haricots verts, par exemple?
Détail amusant, la maison, pour ses pizzas, a adopté le mode auquel nous ont habitués les pizzerias qui font la livraison: une pizza de base, avec sauce tomate et fromage (6 $), et des garnitures tarifées à 0,75 $, 1,50 $ et 2,00 $. De quoi manger à son goût sans que l’addition s’emballe. D’ailleurs, le résultat est convaincant: on est ici de l’école de la croûte mince, à la limite du craquant, et le goût, grâce au bon dosage des ingrédients, est au rendez-vous.
Vous l’aurez deviné, on fait aussi des pâtes, mais vous auriez tort de vous en plaindre. À preuve, ces excellents linguinis "Athènes al oglio" (11 $), qui réunissent tous les suspects habituels: oignons, olives, tomates, feta et, bien sûr, huile d’olive. Et les pâtes, il va sans dire, sont cuites comme il faut. Certains soirs, le bonheur est à ce prix.
Parmi les desserts faits maison, nous avons choisi la "tourte" au chocolat (7 $): il s’agit en réalité d’un fondant aux proportions gargantuesques, servi bien coulant, surmonté d’une boule de glace à la vanille tout aussi généreuse. Heureuse conclusion largement suffisante pour deux appétits normalement constitués.
À souligner enfin, une carte des vins qui, sans se lire comme le bottin téléphonique d’une petite ville, fait saliver: on y réserve une place de choix aux crus français, australiens et américains, sans donner systématiquement dans les poncifs. À preuve, ce Zinfandel Steele 2001, offert au verre (9,75 $).
Si on ajoute le service sans chichi, mais avenant et efficace, on comprend mieux pourquoi, en ce beau samedi soir, les tables inoccupées avaient pour la plupart été réservées par des initiés.
Pour cette belle soirée, comptez environ 70 $ pour deux, taxes et pourboire compris, avant les boissons.
Bémol: Limité, le choix d’entrées ne pèche pas par excès d’imagination.
Dièse: Beau décor, ambiance agréable, cuissons précises, carte des vins impressionnante.
747, boulevard Décarie, Saint-Laurent
(514) 747-3227