Restos / Bars

Nizza : Le bonheur de quitter la pizza pour Nice

Pendant des années, on venait ici manger de la pizza. Ça s’appelait Da Pizzetaro. Petites salles, belle terrasse en été, c’était un des derniers endroits au centre-ville où l’on pouvait manger sans se ruiner, sauf bien entendu si l’on choisissait d’arroser le repas d’un de ces vins italiens hors de prix proposés par la maison. Tout le personnel était portugais et prouvait que, même aux Açores, la pizza, on connaît ça. C’était avant.

Aujourd’hui, après une année de travaux de rénovation, de réaménagement et de décoration, une nouvelle maison ouvre ses portes. On est parti de la pizza, qui a disparu des menus, et l’on se retrouve à Nice. Ou Nizza pour les Italiens, qui ont toujours contesté l’appartenance de cette ville à la République française, comme pour la Corse, l’osso buco et Monica Bellucci. Vive la France! On retrouve nos jumeaux préférés aux commandes de ce Nizza, de purs Niçois, installés au Québec depuis des lunes, mais Niçois un jour, Niçois toujours. Des vrais jumeaux, hyperactifs, talentueux et généreux. Ange en salle et Armand Forcherio en cuisine. Tout un programme!

Le décor fait un peu cirque et inscrit dans de magnifiques volumes des éléments de bois très chaleureux. Beaucoup d’éléments visuellement très réussis, exception faite de quelques tableaux de Bozo le clown, malheureusement sorti de son château aux longs rideaux dans l’eau pour accrocher sa face laide couleurs ketchup, relish, moutarde sur les murs par ailleurs plutôt esthétiques de Nizza. Tous les goûts sont dans la nature.

Côté cuisine, beaucoup de plaisir ici. Le travail est exécuté avec soin et application par des cuisiniers talentueux. Pas d’esbroufe, une cuisine simple et délicate, presque méticuleuse dans les mille détails qui font d’un plat somme toute ordinaire une très belle réalisation. Pour l’œil exercé, beaucoup de travail aussi dans le choix des ingrédients et dans la préparation.

La carte comporte une dizaine d’entrées, presque autant de plats principaux, une page complète intitulée "Les Plats d’Armand" – formule de petits plats assez élaborés et permettant de se restaurer avec classe sans passer par l’entrée-plat-dessert habituel – et une demi-douzaine de desserts. La carte des vins propose quelques très beaux choix, facturés un peu lourdement si l’on prend au verre, et offre plusieurs vins français, ce qui constitue un atout pour un restaurant d’inspiration niçoise. À midi vient s’ajouter une table d’hôte minimaliste, mais que l’on aimera beaucoup, ne serait-ce que parce qu’elle permet de très bien manger ici pour une vingtaine de dollars.

Petite salade de saison, mesclun chic, vinaigrette forte en huile d’olive que l’on éponge méticuleusement avec ce petit pain maison apporté dans un sac en papier bleu Matisse. Lapin au citron et basilic. Une belle cuisse, tendre, parfumée, accompagnée de quelques haricots verts fins, de mini-choux chinois et, comble d’ironie pour un lapin, de quelques carottes.

Homard en beignets, huile de crustacés et épices. La farce de homard et le morceau s’y trouvant emprisonné sont légèrement frits et servis avec une brunoise de légumes relevée de coriandre et d’une touche de piment. Petit plat très énergisant.

Thon grillé et salade niçoise new wave, nouvelle vague, car le thon est ici servi grillé et déposé à côté d’un magnifique petit mesclun, si tant est qu’un mesclun puisse être magnifique, mais enfin vous voyez où je veux en venir. C’est parfait.

Les poissons au menu varient en fonction de l’arrivage. Cela évite de se voir servir des morceaux vieillissants ou apprêtés de façon à dissimuler leur grand âge. Ici, une belle pièce de lotte, accompagnée de pancetta poêlée et de poivre vert, léger beurre monté et réduction de vin blanc. Même qualité irréprochable pour le flétan dont la chair se détachait parfaitement à la fourchette et qui goûtait toutes les brumes marines dont il s’était délecté avant de finir dans l’assiette. Ici, le poisson est préparé avec des éclats de pistaches et une émulsion aux herbes, basilic, persil plat et ciboulette. Dans les deux cas, accompagnement de jeunes asperges, de haricots verts très tendres et de quelques bouchées de rapinis.

Au dessert, le pâtissier réussit à la perfection sa tourte au chocolat, servie avec glace à la noix de muscade, une ligne d’ananas confits et quelques touches de sucre à la muscade. Et même si la saison tire à sa fin, sa tarte fine à l’orange sanguine lui mériterait un monument érigé aux bienfaiteurs de l’humanité.

Nizza
1121, rue Anderson
(514) 861-7076

Ouvert de 11h à 23h, du lundi au samedi, sans exception. À midi, comptez une vingtaine de dollars par personne avant boissons, taxes et service; le soir, doublez. Gardez un œil vigilant sur la colonne de droite pour le choix de vin.