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Restos / Bars

Éclectique : Le grand saut

L’été dernier, Éclectique m’avait plu en tant que petit resto de quartier, bon et pas cher. Le voici maintenant pas si loin des grands.

Nul n’est censé l’ignorer. Quoi? Ce changement presque radical de la carte, qui a tout de même épargné de justesse quelques "classiques". Quelqu’un m’en a parlé ou bien l’ai-je lu quelque part? La réponse ne change rien à la curiosité qui m’y conduit ce soir. La clientèle est nombreuse, irrégulièrement distribuée dans la pièce coquettement aménagée. De hautes fenêtres étroites donnent vue sur la rue Saint-Jean. Face à l’entrée, tout un mur rouge que de petits miroirs circulaires semblent ajourer de hublots. Les autres murs sont de brique. Sur la droite, dans une autre partie de la salle à manger, un grand tableau noir surplombe un banc d’église. On y annonce les "Spécialités de la semaine" -Château d’Yquem, Liano Sangiovese, Viognier (Domaine Caza Viel), etc. -, qu’on retrouve également sur une carte des vins aussi intelligente que prolixe. Et tous ces vins vous sont proposés au verre ou à la bouteille. Pour manger, vous avez le choix entre "des plats tendance très variés et des classiques réinventés". On en voit passer quelques-uns, d’ailleurs; ils laissent dans leur sillage des fumets que je hume voluptueusement avec chaque gorgée de ma Moosehead. Nous n’avons pas vraiment le temps de les identifier, mais la carte nous confie ses secrets en termes de croustillant d’agneau confit, bonbon de ris de veau (pommes de terre confites au foie gras et aux truffes), samosas de caille en feuille de brick (jus aux épices), assiette de dim sum, blackened fish sur riz aux agrumes (émulsion de sanguine). Il y a aussi les raviolis d’agneau, le contre-filet de boeuf Angus, et les "Classiques du chef", dont le tartare de boeuf aux truffes et le ceviche de pétoncles au gingembre et jus d’orange. Choix difficile? C’est peu dire. La faim nous presse, mais nous changeons d’idée à chaque rubrique. Mon amie finit par se décider pour une entrée de "crème brûlée aux crevettes et szegedis", mais il n’en reste plus. Elle se rabat illico sur le tempura de poulet sauce punzu, qui vaut à lui seul un repas, et se fait servir un verre de pinot noir (Laroche, vin de pays de l’île de Beauté, 2003) pour accompagner cela. Elle attaque avec son appétit des grands jours ces morceaux de poulet savoureux au possible, accompagnés de légumes (poivrons verts et rouges, oignons, etc.), aussi légèrement "panés". Au fond du bol, nous découvrons ensemble une petite salade. Je m’intéresse enfin à ma soupe du jour, en l’occurrence un étonnant et délicieux potage au navet et dattes: chaud, crémeux et pas aussi sucré que je le redoutais. Hé! hé! voici ma "caille farcie au foie gras escortée d’un jus de truffes". L’assiette est un long plateau blanc qui se pose de travers devant moi. À gauche se trouvent les accompagnements – betterave, bok choi nain, soja, cuits sans excès et tout humectés d’un jus de cuisson subtilement assaisonné; à droite, tout à fait relax dans son jus de truffes, une caille dodue se prélasse, les jambes croisées, sur un lit presque aérien de purée de pommes de terre. J’hésite longuement. J’hésite à perturber une telle sérénité, mais les ustensiles ont leur propre volonté. Moi, je ne fais qu’obéir. Soupirer d’aise. Et de contentement. Tout y est finesse et mesure. Le parfum des truffes ne vous saute pas au nez; il vous aguiche, se sauve, vous fait "coucou!" ici et là, se livre et, peu à peu, vous investit entièrement. En face de moi, un regard aux abois posé sur un plat à peine entamé d’un tiers. Mon amie souhaitait tant savourer cette poutine au foie gras! Son entrée copieuse lui a pratiquement fauché l’appétit. Elle en pleurerait. Je l’encourage par l’exemple: un peu de foie gras ici et, là, deux frites picorées avec deux "grains" de fromage. Imprégnons tout cela de la sauce, et hop! Dix minutes plus tard, elle n’en peut plus et se met à jongler avec deux projets contradictoires: le jogging ou le dodo. Je déclare forfait, moi aussi; nous commandons deux cafés. À ma droite, dans un tout petit plateau blanc, il y a des cubes de sucre et un bol minuscule rempli de cristaux blancs. J’ai donc, sans méfiance, mis quelques cuillerées de ces derniers dans ma tasse. Vraiment horrible, du café salé! Croyez-moi sur parole. "Distrait comme tu es, j’aurais dû te prévenir", se désole mon amie. Notre serveur me change tout ça. Mais avant d’esquisser un geste, je me conditionne tout bas: "Prends les cubes!… Prends les cubes!…"

Éclectique
481, rue Saint-Jean
Québec (Québec)
Téléphone: (418) 524-2323
Menu du jour à partir de 10,95 $
Table d’hôte: 19 à 26 $
Souper pour deux (incluant taxes et boissons): 74,08 $

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