Restos / Bars

Le Patriarche : Le terroir des plaisirs

Le Patriarche est le refuge du curieux et de l’insatiable, un essoufflement de plaisirs ponctué de silences où sévit la finesse d’une cuisine haute en couleur et en saveur.

Je me suis laissé attendrir dès l’offre des petits pains chauds aux lardons et au fromage, que notre serveur sélectionnait méticuleusement avec des pinces.

Que voulez-vous. Je suis un coeur au pain tendre.

J’emplissais mon gosier de Carlsberg lorsqu’on décida de me charmer une fois de plus avec un hors-d’oeuvre surprise: tête fromagée de marcassin cajolée d’une réduction de vinaigre balsamique. Le fondant d’un gras moelleux où la dent rencontre parfois la résistance d’un morceau tenace. Je ferme les yeux.

Je pose ensuite mon regard dans les plis d’une carte aux propositions élégantes. Je remarque un fabuleux Sancerre du Château lui-même, de qui je suis tombé amoureux il y a de cela plusieurs années. Mais le repas s’avérera saignant. Du rouge s’impose.

Je tromperai la Loire avec l’Argentine. Bodega Norton, un excellent producteur, nous offre un malbec 2008 aux arômes de prunes. En bouche? Une grâce aux tannins indétectables et à la finale rapide. Les gorgées se succèdent.

Que voulez-vous. Je suis une envie à la soif tenace.

Je coule un moment en compagnie de deux êtres chers, Clovis et Émily, à distance chaleureuse d’un âtre aux flammes rousses, dans un décor de murs de pierres et de peintures à l’exotisme africain.

La gourmandise se fait inéluctable. Nous salivons à la seule anticipation des trilogies du terroir que s’approprieront nos palais: crustacés, agneau du Québec, foie gras, gibier…

Le menu dégustation (trois plats par service) défilera sous nos yeux et dans nos bides à un rythme effarant. Nous mangeons et pigeons dans les assiettes des autres, parfois dans le silence, parfois en apostrophant le voisin pour le convier à mordre dans une viande relevée d’un savoureux alliage d’épices.

Mon burger de cerf à l’escalope de foie gras poêlée et au ketchup de figues fond comme du beurre. C’est gras puis si salé et enfin si sucré. Le foie poché au cidre de glace me ramène aux textures moirées de l’enfance, lorsque tout était simple et bon et doux. Le raffinement de la robe au basilic du mi-cuit de saumon d’Émily nous chavire, tout comme le croustillant de canard confit de Clovis.

Tout est propice à la découverte, à l’analyse de chaque plat: la pintade sur purée de pommes de terre bleues, la rougeur boisée du cerf, le ris de veau pané aux cèpes (goût de ciel), la longe de marcassin, le veau de lait sauce au miel et aux baies roses…

Une bouffe aux ingrédients d’une indéniable qualité, à la technique française maîtrisée qui se laisse souvent bercer d’une touche sucrée. On porte ainsi la cuisine à un autre niveau: celui de l’équilibre.

Au dessert, le soufflé aux pistaches et sa glace et son nougat ont peine à entrer dans ce ventre qui n’en peut plus. Ce qui ne nous empêche pas de fondre dans le trio chocolaté: crème brûlée, brownie à l’orange et sa glace au chocolat blanc, shooter de mousse au chocolat au lait et arachides.

Je suis une faim au sourire repu.

Emballant /
La qualité exceptionnelle des produits, du poisson au gibier en passant par les abats. La dégustation sous forme de trilogie de plats qui permet un émerveillement du palais sans cesse renouvelé.

Décevant /
Si l’on doit chercher défaut à nourriture aussi irréprochable, soulignons la générosité de plats si bien fournis qu’en finale, même toucher au dessert constitue un abus qui confine au péché mortel.

Combien? /
Pour deux, environ 140$ pour une table d’hôte composée de cinq services et 54$ le midi (excluant boissons, taxes et service).

Quand? /
Du mardi au dimanche dès 17h30. Ouverture possible le midi pour les groupes de 20 personnes et plus (réserver 72h à l’avance).

Où? /
Le Patriarche
17, rue Saint-Stanislas
418 692-5488
www.lepatriarche.com