Je viens ici depuis si longtemps qu’à l’époque, ce n’était même pas un resto. J’avais 11 ou 12 ans. L’étage où se trouve le Brynd depuis presque 25 ans était alors occupé par la Boutik Suisse, qui est toujours là, mais au rez-de-chaussée seulement. En haut, on vendait des skis. Les après-midi de pluie, on pouvait venir ici, s’asseoir sur un banc et mater des films mettant en vedette les matamores de la glisse et les casse-cou du skateboard.
En salle, notre serveuse pourrait tout aussi bien être vendeuse de planches. Très jeune, comme les autres membres du personnel, elle navigue dans la salle avec la nonchalance étudiée des sportifs qui défient la gravité. C. reçoit rapidement crayons et feuille pour dessiner pendant que nous, les grands, consultons un menu demeuré presque inchangé au fil des ans. On y trouve quelques sandwiches, des bagels et des salades pour les végétariens qu’on aura traînés ici de force, mais pour les autres, ce sont les combinaisons de smoked meat qui captent toute l’attention.
En fait, le choix est relativement simple: ira-t-on d’un grand ou d’un petit sandwich à la viande? Et l’accompagnera-t-on de frites, ou d’une salade?
Je prends les devants, et j’y vais pour l’assiette garnie, avec frites et salade de chou. Sophie penche quant à elle pour l’assiette Athéna. Bon choix, si je me fie à mes souvenirs qui accompagnent cette opulente salade grecque de quelques épithètes favorables. C., elle, a envie d’autre chose. Une assiette de saumon fumé, tiens. Puis nous nous partagerons tous une part de rondelles d’oignons frits.
La lumière qui déferle par les grandes fenêtres qui donnent sur la rue Maguire inonde un décor simple, qui manque un peu de finition (sauf les salles de bains, magnifiques), mais je le trouve en phase avec le menu. Particulièrement le grand comptoir où on a envie d’aller s’échouer pour boire un pot.
Alors que je me remémore d’autres souvenirs, ceux-là évoquant des soirées bien arrosées à ce même bar, notre serveuse apparaît, assiettes en main. Affamé, je mords dans mon sandwich, conforme aux cent autres que j’ai mangés ici avant: le pain est frais, savoureux, son goût de seigle discret, et la viande est parfaite, juste assez grasse, gorgée de la saveur d’épices si parfaitement équilibrée qu’on sait dès la première bouchée que le Brynd joue dans la très petite cour des grands du smoked meat. Effrayée par la dimension pantagruélique du petit format de sept onces, Sophie entame prudemment son régal, malheureusement interrompu par l’état de sa salade. Comme autrefois, elle est coiffée de généreux morceaux de feta, mais elle a été réfrigérée trop longtemps, et n’a été sortie du frigo que juste avant le service, si bien que les tomates, pourtant mures à point, nous gèlent les gencives au moment d’y croquer. Sans parler de leur texture, rendue pâteuse.
Nous n’en faisons pas de cas et mordons dans les frites, sublimes. Quant à l’oignon français, s’il est un peu gros au goût de Sophie, nous nous entendons pour suggérer que sa friture soit immédiatement intronisée au panthéon des casse-croûte.
Tandis que C. tente de battre le record du plus imposant bagel au saumon fumé du monde, j’y vais d’une décharge de sucre en tirant sur la paille de Sophie qui plonge dans une canette de coke aux cerises.
Les plaisirs qu’on cultive ici sont indémodables.
Emballant /
L’extraordinaire qualité de la viande, les fritures, l’ambiance décontractée.
Décevant /
Le menu un peu limité, la salade presque congelée.
Combien? /
Pour deux personnes, 35$ midi et soir (excluant boissons, taxes et pourboire).
Quand? /
Ouvert à partir de 11h tous les jours, sauf le dimanche, à partir de midi.
Où? /
1360, rue Maguire
418 527-3844
Autre succursale au 369, rue Saint-Paul
418 692-4693
www.brynd.com