Un courriel très intéressant de SAMUEL AUGER, étudiant et journaliste à l'Université de Montréal, concernant les grèves étudiantes. Des propos clairs, qui vous aideront (et m'aideront) à clarifier les enjeux.
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"Monsieur Martineau, je trouve que vous posez mal le problème de la question de la grève étudiante. Contrairement à ce que vous semblez croire, et surtout contrairement à ce que laisse entendre d'une manière honteuse sur le plan intellectuel le premier ministre Charest, le débat n'est pas de savoir si les étudiants sont les plus gatés au monde. Au contraire. Et je vais vous le prouver en vous proposant à et à vos lecteurs vous un petit jeu.
L'éducation manque de ressources et d'argent. Ça, tout le monde est d'accord – les étudiants, les recteurs, les ministres. Un beau et touchant consensus…
Maintenant, comment faire pour réinvestir dans l'éducation? Trois options se présentent:
1) Le Québec fait un de ses fameux choix de société et pige dans les poches d'un peu tout le monde (hausse d'impots, coupures dans d'autres secteurs) pour augmenter les dépenses en éducation.
Tout le monde contribue, sauf ceux qui préfèrent le soleil chatoyant des paradis fiscaux.
C'est la postion du mouvement étudiant.
2) On augmente les frais de scolarité, donc on pige un peu plus dans la poche de tous les étudiants.
Tous les étudiants ont donc l'impression de contribuer un peu plus au système d'éducation, sauf peut-être quelques fils ou filles de riche qui, de toute facon, refilent leur facture de frais de scolarié à papa et maman.
C'est la position des jeunes libéraux.
3) On augmente le plafond des prêts des étudiants et on réduit leur bourse, ce qui augmente spécifiquement l'endettement des étudiants les plus pauvres.
On oublie la contribution de fiston dont le papa paie aussi le loyer dans Outremont. Pas important: il a déjà assez de soucis à être riche et étudiant en même temps!
On s'attaque plutôt aux étudiants avec enfants, à ceux issus de famille monoparentale, à ceux qui ont tellement d'études qu'ils ne peuvent pas travailler à temps partiel.
De facon imagée, c'est exactement la même chose que si l'on demandait aux étudiants de prêter de l'argent au recteur Lacroix pour qu'il bâtisse son CHUM à Outremont.
Mais seuls les étudiants pauvres contribuent; on exclut ceux qui ont un bon revenu et dont les parents sont nantis. On fait reposer le poids de l'éducation de manière très ciblée sur les étudiants dont les besoins sont les plus grands.
Ce que je viens d'énoncer, c'est la position de Pierre Reid, Jean-Marc Fournier et Jean Charest.
Maintenant, le jeu: vous devez réussir, en étant intellectuellement honnête, et en utilisant au moins une fois le fois "équité sociale" dans une phrase, de convaincre les étudiants que le troisième choix est celui qui devait s'imposer pour aider notre système d'éducation.
Bonne chance!
En passant, Pierre Reid et Jean Charest n'ont jamais pu défendre avec conviction cette position… Après tout, c'est tellement plus facile de sortir le discours des étudiants gâtés pour détourner le sujet. Souvenez-vous comment cette stratégie a bien fonctionné à la SAQ…"