Un texte rès intéressant sur la mondialisation, à lire dans le magazine du New York Times.
L'auteur, Thomas L. Friedman, l'un des plus brillants commentateurs de la situation au Moyen-Orient (son livre From Beiruth to Jerusalem est extraordinaire), encourage les Américains à se réveiller s'ils ne veulent pas se retrouver le bec à l'eau dans 20 ans.
Avant, dit-il en substance, les habitants du Tiers-Monde ou des pays en voie de développement devaient émigrer en Occident pour se trouver un emploi. Maintenant, ce sont les emplois qui émigrent dans leur pays.
Bientôt, un jeune Indien de 17 ans équipé d'un ordi et d'un branchement Internet pourra faire le boulot d'un Américain pour une fraction du prix. Sans avoir à se déplacer…
Déjà, en Inde, c'est l'explosion.
"Quand j'étais petit, dit Friedman, ma mère me disait de terminer mon repas car en Chine, il y avait des enfants affamés. Maintenant, je dis à mes enfants d'arrêter de jouer au Nintendo et d'étudier car en Inde, il y a des enfants qui veulent leur job. Le monde a bien changé…"
Bref, si les Américains (et, par le fait même, les Canadiens et les Québécois) ne mettent pas tout de suite l'accent sur L'ÉDUCATION et sur le VIRAGE TECHNOLOGIQUE, ils risquent de rater le bateau. C'est terminé, l'époque où la Chine et l'Inde souffraient en silence et croupissaient dans l'ignorance. Ce sont maintenant des forces économiques majeures, avec des milliards de consommateurs et de travailleurs potentiels.
Aujourd'hui, les Chinois et les Indiens fabriquent des jouets pour les Dollorama. Demain, ils fabriqueront des autos, des ordis, des I-Pod.
Qui a dit que la mondialisation n'avait que des mauvais côtés?
Pas étonnant que les syndicats se mobilisent autant contre la mondialisation. Ils ont peur de perdre leur part de marché. Qu'importe, pour eux, si les Indiens et les Chinois n'auront bientôt plus besoin de sucer des touristes allemands pour vivre, ils s'en foutent comme de l'an 40. L'important, pour nos leaders syndicaux, n'est pas de partager la richesse, mais de protéger leurs membres, c'est tout.
Maintenant que les Chinois et les Indiens sont sur le point de profiter des bienfaits du système, on dit: "Woah,là, attendez une minute! Ce n'est pas si génial, le progrès… Je ne sais pas si l'on devrait vous permettre d'acheter des autos. Après tout, ça pollue…"
Quand nous on pollue, c'est correct. Mais quand les Indiens et les Chinois veulent eux aussi se promener en bagnole, soudainement, on devient membre de Greenpeace! Quelle hypocrisie…
Ce qui nous fait chier, en fait, c'est qu'on ne sera plus seul à table. Des milliards d'autres individus vont bientôt se pointer au buffet. Et ils ont faim. Ils sont prêts à bosser comme des fous, pour des salaires modestes…
Oh, bien sûr, au début, ils vont être payés des pinottes. Mais ils vont faire comme nous. Ils vont s'organiser, défendre leurs droits, demander de meilleurs salaires et de meilleures conditions. Et, peu à peu, ils vont grimper les échelons.
"Quand la Chine s'éveillera, le monde tremblera", a déjà écrit un intellectuel français dans les années 60.
Attendez que l'Inde se réveille, vous.
Ça va trembler en maudit.