MARIETTE BEAUDOIN:
"Je voudrais vous faire part d'un détail pertinent quant aux compagnies de cosmétiques. Cela va vous éclairer sur l'omniprésence de l'argent, dans ce domaine comme ailleurs.
J'ai été vendeuse de produits de beauté pour une compagnie que je ne nommerai pas. Un petit livre de trucs pour devenir de meilleures vendeuses était disponible, moyennant quelques dollars. Or, dans cet opuscule, il était écrit noir sur blanc que les ventes aux consommatrices devaient être dirigées vers les désirs de la cliente et non vers ses besoins. Tout pour lui faire dépenser des sommes faramineuses pour des babioles inutiles, quoi!
J'ai fini par délaisser ce métier. Je n'ai rien contre la beauté, car c'est agréable d'être bien mise et de sentir bon. Cependant, dans ce domaine comme partout ailleurs, l'équilibre s'avère essentiel. Et dire qu'il y a des jeunes filles qui dépensent leur paie pour s'acheter des crèmes de toutes sortes. Elles n'àttendent pas d'avoir fini un pot pour en acheter un autre, loin de là: elles les accumulent de façon obsédante. Et elles passent trois heures dans la salle de bain, privant même parfois leur conjoint de prendre sa douche pour aller bosser.
Ça n'a plus de bon sens. La valeur d'une femme n'est pas et ne sera jamais dans ces futilités. Mais certains hommes ont une part de responsabilité là-dedans. Ils doivent choisir: veulent-ils une poupoune parfaite au discours vide qui leur sert uniquement de trophée à afficher, ou bien une femme qui sait équilibrer ses priorités?"
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CHRISTIANE ROCHON:
"Avec mes 5 pieds 3 et mes 130 livres, je ne réponds pas (tout à fait) aux images de femmes soi-disant parfaites dans les pages glacées des magazines de mode. Y a pas une journée où je ne m'arrête pas pour souhaiter avoir un corps de déesse, pourtant, je ne fais strictement rien pour y arriver. Le gym, c'est d'un ennui mortel. Mon vélo stationnaire est devenu un porte-sacoches. Pis veux veux pas, c'est bon, des fois, un trio deux cheeses chez McDo.
Et malgré la pression, malgré mon insatisfaction irrationnelle (objectivement, chuis pas mal cute, dis-je en me pètant les bretelles), je mise sur les petits pots.
Dans les petits pots, il y a des tonnes de promesses. La promesse d'avoir l'air moins crevé le matin. La promesse d'une peau contente parce qu'on l'abreuve d'hydratants. La promesse de cuisses lisses. La promesse de se sentir belle. La promesse de sentir la pomme quelques heures. La promesse d'un buste plus ferme en 13 jours. Mais je ne pense pas que les femmes croient vraiment que les petits pots les feront maigrir ou vieillir moins vite.
La ruée vers les petits pots, c'est autre chose. C'est le rituel qui est agréable. C'est l'expérience d'une nouvelle texture ou d'un nouveau parfum qui nous fait tripper. Un gel hydratant à texture de rosée du matin sentant à la fois la mer et la vanille qui a des vertus anti-rides? Il m'en faut!
On achète, on essaie, on met de côté, on empile sur les tablettes de la salle de bain, et on revient toujours à la bonne vieille Oil of Olay qui sent comme nos mères.
C'est le fun, des petits pots. Ils nourissent un espoir, nourissent la peau, et finissent par devenir décoration de salle de bain. On aime ça, nous, les femmes, des produits fancy. Depuis toujours. Et ça continuera toujours. Tant mieux: chaque année nous réserve une trâlée de nouveaux bocaux de bonheur ephémère!"