Voici ce que j'écrivais le 1er juillet 2004 (au lendemain des dernières élections fédérales, il y a près d'un an) sur le retour de Gilles Duceppe à la politique provinciale.
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Indépendance: naissance d'un commis voyageur
La grosse question est de savoir ce qu'il va advenir de Gilles Duceppe. Maintenant que le Bloc ne forme plus l'opposition officielle, son chef se retrouve dans un cul-de-sac. Un cul-de-sac doré (54 députés, c'est tout de même un score respectable), mais un cul-de-sac quand même.
Duceppe va-t-il attendre tranquillement le prochain référendum, ou fera-t-il un Lucien Bouchard de lui-même et sauter dans l'arène provinciale?
Ne riez pas, c'est ce que la rumeur laisse entendre. En août, Bernard Landry annoncerait publiquement son départ de la vie politique, et Gilles Duceppe profiterait de sa nouvelle popularité pour sauter la clôture et damer le pion à Pauline Marois.
Fantaisie, science-fiction? Je n'en sais rien. Mais l'idée n'est peut-être pas si bête. Pour les adeptes de l'option souverainiste, ça pourrait même être le meilleur scénario possible.
Car s'il y a un politicien qui pourrait "revitaliser" l'option souverainiste, c'est bien Duceppe. Contrairement à Parizeau ou à Bouchard, qui se laissaient trop souvent emporter par l'émotion, Duceppe n'est pas un preacher, un prophète. Sa voix ne tremble pas lorsqu'il évoque l'indépendance, ses yeux ne se remplissent pas d'eau lorsqu'il nous parle de l'île aux Coudres ou de Cacouna. Il ne rêve pas de grands champs de blé battus par des hordes blondes, il ne ressuscite pas le fantôme des Patriotes chaque fois qu'il se retrouve devant un micro, l'indépendance qu'il défend n'est pas victimaire, revancharde ou passéiste, c'est une indépendance moderne, branchée sur le présent.
Et contrairement à Bernard Landry, qui, avec son ton professoral et ses locutions en latin, dégage autant de chaleur qu'une prescription d'antibiotiques, Duceppe est d'abord et avant tout un homme du peuple. Il ne nous fait pas la morale, il ne nous donne pas la leçon, il ne se prend pas pour un prof d'histoire ou un agrégé de sciences po, il a fait son apprentissage à la dure, il a grimpé les échelons du pouvoir un à un. Comme Céline Dion, qui est passée de vilain petit canard à star internationale devant les caméras, on a vu Duceppe vieillir sous nos yeux, s'améliorer, prendre du galon et de l'expérience, troquer la capine en filet contre le chapeau du chef.
Ne serait-ce que pour ça, Gilles Duceppe est très bien placé pour donner un coup de jeunesse salutaire à une option qui en a bien besoin.
Une chose est sûre, les fanas de politique ne s'ennuieront pas au cours de la prochaine année…
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Cela dit, il faut me méfier du syndrome du Sauveur. On est fort, là-dessus, au Québec. On accueille les politiciens comme s'ils étaient les Sauveurs de la nation, puis après quelque temps, lorsque le miracle ne se produit pas (et il n'y a jamais de miracle en politique), on les crucifie.
On a fait ça avec Lévesque, Parizeau, Bouchard, Landry… Va-t-on répéter la même chose avec Duceppe?
Il a bien raison d'hésiter, Duceppe, avant de sauter la clôture. Il connaît les Québécois et leur propension à brûler leurs idoles.