Un courriel de SIMON-PIERRE GOULET concernant mon texte sur la garde partagée (Le meilleur des deux mondes?).
En passant, j'aimerais remercier de tout coeur tous ceux et celles qui m'ont fait parvenir leur témoignage sur ce sujet. Étant moi-même un père séparé, ce sujet me touche tout particulièrement. Si vous avez "subi" la séparation de vos parents, ou si vous êtes des parents séparés, n'hésitez pas à m'écrire!
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"J'ai 27 ans, ma soeur en a 25 et mon frère, 22. Il y a 10 ans, nos parents se sont séparés, pour éventuellement divorcer. À l'annonce de leur séparation, lors d'un typique souper familial du dimanche soir, la réaction du camp des enfants, immédiate et unanime, a frôlé la mutinerie: nous n'allions pas être des enfants-valises, nous refusions de subir la garde partagée. On a donc décidé que le parent qui n'allait pas vivre à la maison familiale ne verrait le visage de sa progéniture que lorsqu'elle daignerait lui rendre visite.
Égoïste? Absolument. Et avec raison. Pourquoi se résigner à subir les conséquences d'une décision qui nous était imposée?
C'est ainsi que la garde partagée s'est produite, oui, mais nous ne sommes pas devenus des enfants-valises; ce sont les parents qui ont hérité de ce rôle. Une semaine sur deux, Maman est à la maison, tandis que Papa demeure à l'appartement qu'il loue et partage avec Maman. Le dimanche soir, c'est le switch parental: Papa arrive avec sa valise et s'installe, nous soupons tous ensemble, nous jasons de notre semaine et Maman nous dit au revoir… jusqu'à la semaine suivante.
Simple, n'est-ce pas? Trop, selon certains sceptiques et incrédules.
«Ah! mais vous étiez assez vieux pour que cela fonctionne», nous dit-on.
Assez vieux? C'est quoi le rapport? Ou plutôt, que préférez-vous? Vous taper les cris et pleurs de bambins qu'on transbahute hebdomadairement d'un endroit à l'autre? Ou recevoir l'accueil enthousiaste d'enfants qui ont pu continuer à vivre leur petite vie normale pendant que vous étiez absent?
«Ah! Mais vos parents avaient assez d'argent pour se payer ce luxe.»
De quel luxe parle-t-on ici? Celui de se payer un deuxième logement? Mais qu'est-ce qu'ils croient qu'ils devront faire, ces parents qui se séparent? Si vous avez réussi à vous dénicher un nouveau chum ou une nouvelle blonde qui peut assurer votre subsistance sous son propre toit et à ses frais, ben vous êtes juste chanceux.
Mais la réalité, c'est que la séparation engendre des coûts de toutes sortes, que ce soit la location d'un logement, l'achat de meubles, etc. Même qu'en gardant les enfants sous le même toit, vous n'avez pas à leur procurer de nouveaux lits, mobiliers et vêtements. Une belle économie en perspective!
Non, ce n'est pas parce que nous étions assez vieux ni parce que nos parents étaient à l'aise financièrement que leur plan a brillamment fonctionné.
C'est parce qu'ils ont opté pour la collaboration.
Bien sûr, ils s'entendaient bien, ils étaient loin de se détester, bien au contraire. Mais ils ont eu du guts. Le guts de concevoir et d'appliquer un plan qui n'avait, à leurs yeux, jamais été éprouvé auparavant. Le guts de partager un logement avec leur ex, de faire face à la potentielle jalousie des nouveaux conjoints déstabilisés devant un tel niveau de respect existant entre deux personnes qu'on préfèrerait voir se quereller comme Michael Douglas et Kathleen Turner dans War of the Roses.
Bref, ils ont eu le guts de mettre leurs culottes, de se relever les manches et d'assumer pleinement la décision qu'ils avaient prise."