BloguesRichard Martineau

La nouvelle porno1

Amateurs de sensations fortes, accrochez-vous à votre tuque. En effet, les films d'horreur qui sortent dans nos salles, ces temps-ci, sont de plus en plus violents: Hard Candy, Hostel, Saw 1 et 2…

Dans le magazine TIME, on appelle ça de la "Torture Porn". Plus d'histoire, plus de personnages: que des scènes de débauche où des gens se font couper en morceaux…

Quand j'avais 13 ou 14 ans, je volais des Penthouse dans les dépanneurs et je les feuilletais en cachette dans le sous-sol avec mes amis. Comme tous les garçons de mon âge, je voulais voir ce que la société me cachait: le sexe des filles.

Aujourd'hui, le sexe est partout: dans les pubs, à la télé, au cinéma. La vue d'un sein ne scandalise plus personne. Si ça continue, ça nous laissera bientôt complètement froids. Le sexe est en train de perdre tous ses mystères et de devenir banal, aseptisé, totalement vidé de son pouvoir de transgression…

Maintenant, le nouvel interdit, c'est la mort. Dans un monde obsédé par la performance, la bonne forme physique et la promesse de l'éternelle jeunesse, la mort et la décrépitude du corps font figure de nouveaux tabous. Comme l'écrivait l'historien français Philippe Ariès (Histoire de la mort en Occident), naguère les bébés venaient au monde dans les choux, mais les grands-parents mouraient à la maison, entourés des leurs.

Au seuil du 21e siècle, c'est l'inverse: l'accouchement se fait en famille ou devant la caméra vidéo, mais lorsque le grand-père agonise, on l'envoie dans un hôpital éloigné pour qu'il s'éteigne en douceur, à l'abri des regards indiscrets…

Ce n'est plus le commencement de la vie qu'on escamote, mais sa fin.

Résultat: notre monde est fasciné par les catastrophes. On ne compte plus le nombre d'émissions vérité spécialisées dans les accidents, les déluges et les tremblements de terre: Catastrophes, Caméra choc, Vie et mort à l'urgence, Great Quakes, The World's Greatest Police Chases…

En 2006, il n'y a que les vieux oncles nostalgiques qui lisent Penthouse ou Hustler. La nouvelle pornographie fait maintenant dans le sang.

Les jeunes ne se vissent plus l'oeil au trou de la serrure pour entrevoir des hanches et des fesses, mais pour voir de la chair et des os.

Nous "tripons" tellement sur la beauté et la santé, nous avons tellement expurgé la mort de notre vie que nous avons fini par la rendre attirante, sexy, mystérieuse. Elle est la dernière frontière à franchir, le dernier secret à percer.

La dernière jupe à relever.

Et qui dit demande dit offre. Comme les pornocrates, les marchands d'images macabres roulent sur l'or.

Faut-il réglementer les oeuvres violentes, ou baisser les bras devant la liberté d'expression? Bien malins ceux qui peuvent trancher. Mais une chose semble sûre: les voyeurs sont toujours attirés par ce qu'on leur cache.

Dis-moi quels sont les tabous de la société dans laquelle tu vis, je devinerai tes fantasmes…