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Scène

Le Petit Bon à rien : La clé du succès

Création fort attendue, Le Petit Bon à rien offre un moment de théâtre vivifiant, aussi bien pour les enfants de quatre à huit ans que pour les adultes; les uns comme les autres ne sauraient, à vrai dire, résister à cet éloge de la différence, également un hommage au théâtre. Après Château sans roi, il s’agit d’une seconde très belle collaboration entre l’auteur Joël da Silva et le Théâtre de l’Avant-Pays.

Aurélien, le petit bon à rien, cache bien des surprises sous ses airs d’enfant espiègle traînant dans les rues du village des Pas Perdus, en costume de soldat. Déserteur à l’heure du souper, cancre à l’école, tout juste bon à faire mourir sa grand-mère qui, de fait, trépassera… Abandonné à lui-même avec l’énigme d’une clé et de trois mots: rouge, noir et or, l’enfant sera amené à découvrir qui il est et, du coup, à donner un sens à sa marginalité.

Brillamment construit, ce conte merveilleux déploie ses codes et sa magie. Joël da Silva a serti son texte de motifs et d’indices avec un soin d’orfèvre… Secondé par la musique, qu’il signe également, il installe un climat captivant. Celle-ci parvient aussi bien à suggérer le mystère, le lugubre ou la joie, allant du jazz au blues, de l’orgue à l’harmonica, animant chaque scène. Comme dans une comédie musicale, les quatre manipulateurs, Patrick Martel, Marie-Hélène Morazain, Louis-Philippe Paulhus et Marc-André Roy, reprennent les leitmotive, apportant un grand dynamisme au spectacle mis en scène par Michel Fréchette et Michel P. Ranger.

Les épisodes s’enchaînent sans s’éterniser, ponctués de chansons et agrémentés des amusants personnages secondaires: Rollande la coiffeuse, qui «ne frise jamais le ridicule», l’organiste M. Buxtehude (clin d’oil au célèbre musicien), les enfants modèles Sim, Sam et Sabine, le chien Chignon, et j’en passe.

Toutes les marionnettes semblent issues de dessins d’enfants: superbes figurines colorées créées par Patrick Martel, elles deviennent d’attachants personnages grâce à une manipulation précise. La scénographie loge aussi à l’enseigne de l’imagination, puisque les lieux du village sont suggérés par de grandes formes que l’on déplace et assemble comme un jeu de blocs géants. Patrick Martel signe là un efficace travail de stylisation et d’abstraction.

Mais on n’aura pas une juste idée de ce spectacle si on ignore la facture du texte, petit bijou de musicalité et d’atmosphère: rimes, allitérations, énumérations se bousculent; le ton alterne du grandiloquent au familier, du pompeux aux accents volontiers populaires. Et surtout, les enfants fréquentent ici un imaginaire foisonnant et franchement ludique, qui décolle vraiment, contrairement à ce que lui assène la télévision éducative avec ses aliénants Teletubbies (ces petits citoyens nouvel âge hyperprogrammés). L’imagination semble partout tristounette, mais Le Petit Bon à rien vient l’aiguillonner, armé du courage de sa différence.

Jusqu’au 28 février
A la Maison-Théâtre