

Carl Béchard : La Femme du boulanger
Nathaly Dufour
Photo : Louise Leblanc
C’est à un fort joli rendez-vous en Provence que le Théâtre du Trident nous convie avec la dernière pièce de la saison, La Femme du boulanger, de Marcel Pagnol, d’après une nouvelle de Jean Giono. Des comédiens touchants, une mise en scène sensible de Carl Béchard et un espace scénique lumineux, voilà de quoi éveiller les sens de belle façon. Un grand absent: les odeurs! On se languit des effluves de romarin, de mie bien chaude et du sel des peaux sous le cuisant soleil du Midi. Un spectacle qui ouvre l’appétit. En fait, tous les appétits…
Un village typique de ce coin de France, avec le papet gâteux, la sainte nitouche, le curé coincé, l’instituteur épris de modernité et tous les autres, bons vivants, pleins de contradictions et chicaniers comme c’est pas permis. Au cour du village, près de l’église, trône la boulangerie, haut lieu du miraculeux mariage entre le levain et la farine. Aimable, le nouveau boulanger offre aux villageois sa première fournée tant attendue. À ses côtés, sa femme Aurélie, belle à en faire oublier les douceurs du pain.
Un berger accroche son regard au sien et voilà notre boulanger quitte pour un cocufiage en règle. Point d’Aurélie, point de pain, proclame Aimable. D’un commun effort, dicté par un mélange d’amitié et surtout de nécessité, le village fera fi de ses guerres intestines et partira à la recherche des amants.
La beauté de ce spectacle réside, entre autres, dans son texte savoureux. Pimentés de répliques parfois carrément hilarantes, les dialogues s’enchaînent et se croisent avec bonheur. Au-delà de l’anecdote se profile aussi une réflexion touchante sur le caractère inconditionnel de certaines amours. Aimer jusqu’à tout permettre, tout pardonner. Aimer jusqu’à justifier, protéger coûte que coûte. S’oublier, pâtir, se réduire jusqu’à ce que l’on entre parfaitement dans le creux de la main aimée…
Le travail sur l’accent accompli par les interprètes est convaincant. Le jeu s’avère inspiré, riche en trouvailles de ton et de gestes. Jean-Jacqui Boutet relève le défi de ce personnage, moins simplet qu’il n’y paraît à prime abord, avec brio. Un subtil dosage des émotions, une présence convaincante et un grand naturel font de sa performance un beau cadeau, qu’il offre avec toute la générosité dont on le sait capable. Charmant.
Jusqu’au 22 mai
Au Grand Théâtre