Le Barbier de Séville : Siffler en travaillant
Scène

Le Barbier de Séville : Siffler en travaillant

Présenté avec succès au TNM de Montréal, Le Barbier de Séville version RENÉ-RICHARD CYR sera offert au public de Québec, dans toute sa verdeur et son ludisme.

L’ouvre de Beaumarchais a traversé les siècles. Le Barbier de Séville (1775) et Le Mariage de Figaro (1781) figurent au sommet du palmarès des pièces les plus jouées, particulièrement au Québec. Au-delà du pur plaisir d’une langue superbe et fine, il y a l’insolence d’un auteur qui refuse de se contenter des structures établies. Critique éclairé, agitateur visionnaire, Beaumarchais a profondément bousculé le système des genres dramatiques français. En lieu et place de la distance tragique ou comique séparant le spectateur de la scène, l’auteur opte pour l’effet de sympathie dans le drame et pour celui de la complicité dans le comique. Basta du clivage entre noble et bourgeois; Beaumarchais s’attarde sur le caractère d’un personnage plutôt que sur son état. Exit la mièvrerie, place à la vivacité, la vigueur et l’entrain! Et si l’on se fie au sourire de Normand Lévesque _ interprète de Bartholo dans le Barbier de Séville signé René-Richard Cyr _ le souffle ludique de l’ouvre a drôlement bien traversé le temps.

«Il y a d’abord le plaisir de l’équipe de travail que René-Richard a su constituer, explique le comédien. Il a réuni des éléments qui, ensemble, créent une complicité qui s’apparente au confort. Pensons à Benoît Brière (Figaro) avec qui j’adore travailler parce qu’il m’inspire beaucoup dans la création de mon propre personnage. Et puis Pascale Desrochers (Rosine) qui réagit exactement comme moi. Et tous les autres! On a travaillé très fort, parce que la langue de Beaumarchais impose une grande discipline. Mais en même temps, René-Richard nous a permis d’explorer à fond, d’essayer des choses. Cet espace obligatoire de liberté que le metteur en scène s’aménage, tout en gardant clairement à l’esprit le but à atteindre, fait de lui un excellent directeur d’acteurs.»

Bien que Le Barbier de Séville n’ait pas la portée politique du Mariage de Figaro, on y retrouve tout de même des signes précurseurs de l’idéologie humaniste de Beaumarchais. Mais ce dernier a d’abord conçu sa pièce comme un pur divertissement. Et c’est cet esprit que l’équipe a voulu recréer sur scène, au grand plaisir du public du TNM qui, fait exceptionnel, a rempli la salle pour deux semaines complètes de supplémentaires. Le comte Almavira (François Papineau) est amoureux de Rosine. Mais la belle est séquestrée par son vieux tuteur Bartholo. Figaro, ancien valet du comte, décide de reprendre du service et devient l’intrigant en chef de la libération de Rosine. «La pièce est, sous plusieurs aspects, très actuelle, poursuit Normand Lévesque. Sa structure est moderne. Et si on regarde le personnage de Bartholo, cet homme qui refuse de vieillir et qui, pour montrer qu’il est encore vivant, veut s’approprier Rosine, on ne peut s’empêcher de penser à tous ces hommes que l’on voit parader avec de toutes jeunes filles à leur bras! Mais contrairement à ce qui nous est donné à voir habituellement avec ce type de personnage bourru, Bartholo est intelligent. Il est misogyne, tyrannique, borné, réactionnaire, c’est vrai, mais il est rusé, fin et riche en nuances. J’adore le jouer!»

Le 8 mai

À la Salle Albert-Rousseau
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