Scène

Arlequin et Tyrano : Premiers pas

Avec leur premier spectacle en sol québécois, les comédiens Stéphane Krau et Mohsen El Gharbi n’ont pas la prétention de réinventer la commedia dell’arte. Arlequin et Tyrano en propose plutôt un remake «moderne et bouffon», agrémenté des références résolument actuelles. L’histoire est simple: Tyrano (Krau), un riche tyran au nez de carton-pâte, exploite sans vergogne Arlequin, un employé sans le sou au regard d’écureuil (El Gharbi, auteur du texte). Un jour, ce dernier se révolte et réclame un lopin de terre pour s’y établir avec sa famille. Ridiculisé par son maître, il tente de sensibiliser les médias à sa revendication par le biais d’une pétition, puis d’une grève de la faim.

Cette lutte des classes à petite échelle est mise en scène par Yves Dagenais avec, devine-t-on, bien peu de moyens. Théâtre pauvre misant sur le potentiel comique de personnages aux traits de caractères amplifiés, Arlequin et Tyrano vise avant tout à faire jaillir le rire bien gras, mais n’y parvient que rarement. Les anachronismes et les bizarreries y abondent, telle l’utilisation d’une caméra-jouet et de faux aliments – «Mais qu’est-ce que c’est? Du plastique? Du transgénique?» s’écrie Tyrano -, tandis que la modeste scénographie (deux blocs de bois, un rideau rouge, un ghettoblaster) donne l’impression d’être devant un spectacle d’élèves du secondaire!

Ces accessoires étonnants sont mis au service d’un texte audacieux truffé de clins d’oeil, mais qui manque toutefois de profondeur. Si les thèmes de l’amour, du pouvoir et de la manipulation n’ont rien de nouveau, le fait de s’attarder sur les joies de la masturbation (et de joindre le geste à la parole!) a quelque chose d’un peu plus… déstabilisant. Ceci dit, ce sulfureux passage, tout comme le récit des aventures sexuelles d’Arlequin, s’inscrit parfaitement dans la tradition grivoise de la commedia dell’arte et ne risque pas de faire accourir l’escouade de la moralité de la SPCUM…

Seul sur la scène durant un peu plus d’une heure, le tandem Krau-El Gharbi offre une performance énergique quoique en manque de raffinement. Un bel effort qui tient, en fait, plus de l’exercice public que de l’oeuvre aboutie qui fait parfois sourire à défaut de nous dilater la rate. Cela dit, cette pocharde servie par des nouveaux venus qui s’amusent visiblement gagnerait à être retravaillée pour permettre aux spectateurs de prendre, eux aussi, leur pied…

Jusqu’au 21 novembre
À l’Espace Geordie
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