Les Caprices de Marianne : Scènes à l'italienne
Scène

Les Caprices de Marianne : Scènes à l’italienne

Certaines grandes oeuvres ne vieillissent pas et la reprise des Caprices de Marianne par la compagnie de théâtre Longue Vue en fait une éclatante démonstration. À la barre de ces Caprices destinés principalement aux adolescents, le metteur en scène Yvon Bilodeau n’a pas cherché à moderniser à tout prix un texte écrit il y a plus de cent cinquante ans. Il a plutôt choisi de faire confiance aux sentiments universels dont il traite. Après tout, les relations humaines seront toujours fascinantes, quel que soit le siècle…

Cette courte comédie tragique d’Alfred de Musset (écrite à l’âge de 22 ans, en deux semaines!) est traversée par un puissant souffle romantique. L’étincelle qui met le feu aux poudres de ce drame amoureux, c’est Marianne, une fière Napolitaine. Tandis que le carnaval bat son plein, Coelio (Jean-François Beaupré) tente par tous les moyens de séduire la belle, qui est mariée au juge Claudio (Jean Leclerc). Il demande à son ami Octave (Jean Petitclerc), le cousin fêtard de Marianne, d’intercéder en sa faveur auprès d’elle. Le résultat sera désastreux.

La pièce s’articule autour de cinq scènes fortes dans lesquelles Marianne et Octave se livrent à d’explosives joutes verbales. Visionnaire, Musset a imaginé une héroïne revendicatrice sans être revêche, féministe avant l’heure. Doté d’un bon sens du timing, Bilodeau réussit à faire de ce théâtre «de fauteuil» sans unité de lieu une oeuvre dynamique, rythmée de répliques dites avec aplomb. L’utilisation de voiles transparents comme décor ajoute une touche de mystère à l’ensemble.

Dans la peau d’Octave le picoleur, Jean Petitclerc attire l’attention en offrant une prestation à la (dé)mesure de son personnage. En héros romantique transi d’amour, Jean-François Beaupré fronce les sourcils avec conviction et gratte à quelques reprises la guitare qu’il porte en bandoulière, ponctuant ses chansons de «dam-di-dam» dignes des beaux jours d’Harmonium et de Beau Dommage… Julie Deslauriers campe une jolie Marianne au sang chaud et aux yeux pétillants, tandis que Jean Leclerc interprète son mari avec une raideur et un sérieux qui tranchent sur le reste.

Mis à part les cabrioles très «Cirque du Soleil» de Guillaume Lemay-Thivierge (en alternance avec Philippe Côté) en ouverture, ce spectacle plutôt conservateur ne vise pas à épater la galerie. Sans grande originalité, mais monté de manière efficace, il fait la preuve que, comme le vin qu’apprécie tant Octave, Musset ne perd pas de sa saveur en vieillissant, bien au contraire…

Jusqu’au 23 novembre
Au Gesù