Paul-André Fortier : Le tour des solos
Scène

Paul-André Fortier : Le tour des solos

En remontant trois de ses solos créés au tournant des années 80 et qu’il considère comme un triptyque, PAUL-ANDRÉ FORTIER tourne une page de la nouvelle danse au Québec. Réflexion sur le déclin du corps et la maturité du danseur. Troublant.

La saison d’hiver débute par un événement plutôt rare en danse contemporaine: le chorégraphe-danseur Paul-André Fortier livrera dans quelques jours, à l’Agora de la danse, trois solos créés entre 1989 et 1994. Le spectateur pourra assister à l’un d’eux, en semaine, ou les voir en une seule soirée, le week-end. «Marie Chouinard a récemment réalisé une expérience semblable et ce fut extraordinaire, car cela permet au public de mieux comprendre la danse d’aujourd’hui», explique-t-il d’entrée de jeu.

Mais une foule d’autres raisons sont à l’origine du retour sur scène de Paul-André Fortier. D’abord, il souhaite boucler une importante période de sa vie d’artiste. «Je ne veux pas rester enfermé dans l’univers des solos. Et la meilleure façon d’y parvenir, c’est de le vivre de façon absolue.» Puis, il désire valoriser le corps en déclin. «Mon corps a encore des choses à dire et a encore besoin d’émouvoir. Cependant, je me questionne sur ce que je peux offrir au public, sur comment je peux partager mon expérience avec lui et sur ma capacité de susciter des émotions.» Enfin, Fortier souhaite, alors que son corps peut encore le faire, se donner à fond dans «le plaisir de la défonce extrême».

Voilà maintenant 25 ans que Paul-André Fortier évolue dans le milieu de la danse. Chorégraphe important mais néanmoins discret, on note ses influences dans le travail de bon nombre de chorégraphes québécois. Depuis sa période de solos, il a surtout monté des créations de groupe, dont La Part des anges et Jeux de fous. Marqué par son goût du risque, son parcours suit la piste sinueuse d’un skieur alpin. Comme Ginette Laurin, Édouard Lock, Martine Époque ou Louise Bédard, il a commencé sa carrière au sein du Groupe Nouvelle Aire. Puis, plus tard, il a mis sur pied sa propre compagnie, Paul-André Fortier Danse. Au milieu des années 80, il fondait, en collaboration avec Daniel Jackson la compagnie Montréal Danse. Finalement, à l’aube des années 90, il quittait ses fonctions de codirecteur artistique à Montréal Danse pour aller enseigner au département de danse de l’UQAM (dont il a démissionné au printemps dernier). Cette nouvelle orientation lui a permis de poursuivre sa fameuse trajectoire solo.

Il a d’abord signé Les Mâles Heures, une pièce portant sur un thème récurrent chez lui, le rapport des hommes avec la religion. «J’y raconte les tabous, les peurs et les désirs des hommes dans la quarantaine. Il y a dans cette pièce une attirance pour la transgression.» Avec ce solo, Fortier interprète une danse du ventre qui évoque celle qu’exécute Jean Rochefort dans le film Le Mari de la coiffeuse. «Ma danse est plus païenne et plus humoristique. J’ai, à 50 ans passés, la distance nécessaire pour ne pas me prendre au sérieux.»

Deux ans plus tard, suivait une deuxième création, La Tentation de la transparence, que d’aucuns qualifièrent à l’époque d’oeuvre charnière. Cette fois-là, le chorégraphe proposait une quête personnelle, dévoilant aux spectateurs les moindres détails du physique de l’interprète. «Je danse à un mètre du public. Je suis donc hypersensible à tout ce qui se passe autour de moi: à la poussière qui flotte dans le faisceau lumineux, à une femme qui ferme son sac à main ou à un homme qui tousse. Un rien peut faire basculer ma concentration et briser mon lien avec le public.»

Finalement, en 1994, il livrait une troisième oeuvre plus épurée et plus formelle, Bras de plomb. Quatre tableaux composent ce solo où seuls les bras bougent. Comme pour La Tentation de la transparence, Paul-André Fortier a fait appel à la peintre et sculpteure Betty Goodwin pour la conception des costumes et des décors. «Elle m’a appris la patience, à questionner, à faire confiance au travail en studio, et à aller à l’essentiel», résume-t-il.

Pendant les dernières répétitions, Paul-André Fortier a découvert des dénominateurs communs à ses solos, comme ce désir d’envol. Il ne fait plus aucun doute pour lui que ces oeuvres constituent un triptyque. Le chorégraphe a, par ailleurs, l’intention de conserver les décors d’origine, et de faire quelques retouches aux costumes. La gestuelle, toutefois, demeurera inchangée. Sa principale attente se situe sur le plan de la lecture de sa danse par d’anciens spectateurs. «L’interprétation sera différente parce que je suis plus mature et que mes oeuvres ne soulèvent plus, chez moi, les mêmes émotions: elles ont vieilli, et moi aussi.»

Paf! trois solos
À l’Agora de la danse
Du 12 au 23 janvier
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