Frédérique Collin : Esprit de révolte
Scène

Frédérique Collin : Esprit de révolte

Trente ans de métier n’ont pas tempéré le caractère bouillant de Frédérique Collin, qui a lancé sa carrière en interprétant Solange dans une production des Bonnes montée par André Brassard. Étrange clin d’oeil du destin: la comédienne s’apprête à enfiler de nouveau le tablier de Solange, cette fois sous la direction de Carmen Jolin.

Si vieillir, c’est cesser de s’indigner, Frédérique Collin a encore le coeur jeune, pour ne pas dire adolescent… Trente ans de métier n’ont pas tempéré le caractère bouillant de celle qui a lancé sa carrière en interprétant, à 20 ans, Solange, dans une production des Bonnes montée par André Brassard. Étrange clin d’oeil du destin: la comédienne s’apprête à enfiler de nouveau le tablier de Solange, cette fois sous la direction de Carmen Jolin. Une magnifique occasion de jeter un regard dans le rétroviseur…

«Le texte des Bonnes est très significatif pour moi, reconnaît d’entrée de jeu la comédienne. C’est vrai qu’il y a des traits communs entre la révolte de Claire et de Solange et la mienne, sauf que je crois, aujourd’hui, que ce genre de rébellion est stérile parce que le résultat, c’est la destruction de soi-même. Je sais maintenant que ça ne donne rien de crier sur les toits ce que l’on ressent. En général, ça se retourne même contre soi! Ce n’est qu’en se changeant soi-même qu’on peut espérer améliorer les choses. Ainsi, quand les deux bonnes crient leur haine à Madame (Annie Bienvenue), au bout du compte, ce sont elles qui souffrent le plus.»

En janvier 1999, Frédérique Collin avait tout d’abord été sollicitée pour interpréter Claire, l’autre personnage principal imaginé par Jean Genet, et qui sera finalement défendu par Léa-Marie Cantin. Mais la comédienne a subi deux interventions chirurgicales urgentes à quelques jours de la première. Le spectacle a été reporté d’un an, et les deux autres comédiennes se sont désistées, faute de disponibilité, ce qui lui a permis de changer de rôle. Créé en 1947, ce drame met en scène deux servantes à l’orgueil en lambeaux, qui subliment leur quotidien en se travestissant. «Les bonnes jouent à être Madame, et se font des spectacles dans le but d’exorciser leur souffrance. Un soir, elles vont trop loin dans l’histoire qu’elles ont créée; cela déborde sur la vie réelle et les pousse à vouloir assassiner leur maîtresse.»

Les mots que prononcent ces femmes en quête de dignité ont, selon Collin, une très grande poésie. «Aujourd’hui, l’interprétation de cette pièce me demande plus d’humilité. Je suis plus consciente de la beauté de l’écriture de Genet, de l’importance des mots choisis.» La comédienne est catégorique: lorsqu’on a un demi-siècle de vie au compteur, on ne se comporte plus sur scène comme à 20 ans… «Je jouais alors de manière plus naturellement spontanée. Aujourd’hui, c’est plus difficile, ma tête entre en contradiction avec mon corps.» Exigeante, cette partition textuelle? «Dans cette pièce, les mots sont extrêmement importants, plus, même, que les personnages!»

Dans la production de Carmen Jolin, Madame sera toute jeune, tandis que ses bonnes seront au crépuscule de leur vie. Un renversement qui plaît à Frédérique Collin, qui en a long à dire sur la difficulté de vieillir. «Au cinéma, il n’y a jamais de rôles pour les femmes de plus de 35 ans!» lance avec dépit celle qui a pris part à 30 courts et longs métrages. Depuis deux ans, elle cherche en vain un producteur pour un film qu’elle a coscénarisé, dont les deux personnages principaux sont des quinquagénaires. Selon elle, les femmes «matures qui ont quelque chose à dire» sont injustement boudées. «On n’a pas le droit à la différence, pas le droit d’être provocatrice, de défaire les cadres, de se servir de son imagination pour aller au-delà de ce qui est toujours fait!» s’emporte la comédienne, avant d’éclater d’un rire sonore. «Ça y est, je recommence…»

Du 18 janvier au 12 février
Au Théâtre Prospéro
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