Mr Lear : Bouge de là
Scène

Mr Lear : Bouge de là

Monument de la littérature anglo-saxonne, Shakespeare se prête à toutes les relectures… ou presque. Cette fois, son King Lear a servi de matériau de base aux expérimentations gestuelles de l’Américain John  Sipes.

Monument de la littérature anglo-saxonne, Shakespeare se prête à toutes les relectures… ou presque. Cette fois, son King Lear a servi de matériau de base aux expérimentations gestuelles de l’Américain John Sipes, qui a confié l’interprétation de son roi à Georges Molnar, une véritable bête de scène dont la solide silhouette et la crinière blanche rappellent le sculpteur Armand Vaillancourt. Mr Lear est une ouvre étrange, toute en lenteur, dans laquelle Molnar et Sipes (qui joue le Fou) font preuve d’une impressionnante maîtrise corporelle. Le directeur de la section Mouvements du Festival Shakespeare en Oregon a écrit et mis en scène une succession de tableaux dans lesquels un Lear vieillissant, responsable de la mort de sa fille préférée, se bat avec ses démons intérieurs. Au seuil de la folie, il parle (surtout en anglais, mais aussi en hongrois) à sa petite fille disparue (une magnifique poupée confectionnée par Kyra Revenko), tandis que son compagnon Le Fou tente de le sortir de sa torpeur. Cette très sombre histoire, accompagnée de la musique torturée de la violoniste Kristin Molnar, est heureusement allégée par quelques clins d’oil rigolos. Ainsi, le roi se livrera à un discours en robe de chambre, coiffé d’un bonnet de douche, une "tapette à mouches" à la main, ou encore, fera le coup de la pelure de banane au Fou qui, bien sûr, glissera dessus…Plus que l’histoire narrée par un Fou plutôt guindé, c’est la beauté des chorégraphies imaginées par Sipes qui retient l’attention. Sur scène, Georges Molnar bouge peu, mais il bouge bien. Il faut le voir courir sur les planches, complètement nu, puis s’effondrer, désespéré… Émouvant. Découvert dans Les Âmes mortes, de Gilles Maheu, puis observé avec attention dans l’installation La Paresse, de François Girard, ce comédien, qui a étudié avec Étienne Decroux, tout comme Sipes, est d’un grand naturel; dommage qu’on ne le voient pas plus souvent sur les scènes de la métropole. Ce spectacle intimiste d’une heure 15 minutes est présenté comme un laboratoire public, et non comme un produit achevé. L’Usine C souhaite mettre à l’affiche de plus en plus de collaborations du genre entre créateurs d’ici et d’ailleurs, sous forme de works in progress. Mr Lear n’est pas un spectacle qui plaira à tous, et il gagnerait à être amputé de quelques scènes répétitives. Cela dit, les amateurs de théâtre expérimental, qui ne craignent ni le hongrois ni les nombreuses minutes d’inaction, y trouveront très certainement leur compte…

Jusqu’au 27 janvier
Au studio de l’Usine C

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