

4 x 4 : Cascade scénique
4 x 4 est une aventure qui s’apparente presque à un sport extrême. L’idée de départ est casse-cou…
Catherine Hébert
4 x 4
est une aventure qui s’apparente presque à un sport extrême. L’idée de départ est casse-cou: 16 comédiens, quatre par show (le soir de ma présence: Guylaine Tremblay, Emmanuelle Jimenez, Vincent Bilodeau et Stéphane Simard), jouent pour la première fois ensemble quatre courtes pièces écrites par autant de dramaturges, après avoir répété en tête-à-tête avec un metteur en scène, Martin Desgagnés.
Les représentations donnent lieu à des expériences théâtrales uniques, puisque chaque combinaison de comédiens n’est réunie qu’une seule fois. Cela peut avoir l’air mathématique, mais ça se révèle surtout joyeusement bordélique. Un genre de jeu de hasard dont les combinaisons gagnantes sont heureusement plus nombreuses qu’à la loto…
Le happening théâtral se compose de quatre histoires de 30 minutes. Les auteurs ont chacun imaginé un personnage doté d’une biographie fouillée. Puis, après s’être réunis, ils ont écrit individuellement l’histoire de la première rencontre de leurs quatre créatures.
D’entrée de jeu, le spectateur (ainsi que les trois autres comédiens) est pris en otage par Marianne, une fille parfaite qui déraille après avoir perdu son boulot d’"associée" chez Mal Mart. "Pourquoi moi?" demande-t-elle aux pauvres bougres appâtés par sa vente de garage. Marianne en a marre de passer inaperçue: elle rêve d’être boss et reproche à ses parents d’avoir déboursé une fortune en orthodontie, mais de ne lui avoir jamais "appris à mordre". Un texte punché, signé Nathalie Boisvert. La proposition suivante, celle d’Emmanuelle Roy, n’est malheureusement pas du même calibre. On y retrouve Stella, qui anime un chat où elle se remémore (trop) longuement son enfance à Sainte-Anne-de-Beaupré. Après l’entracte, place à Hubert le baby-boomer zen. C’est dans le hall d’un centre de massothérapie que ce vendeur d’assurances rencontrera trois hurluberlus qui tenteront de l’entraîner dans une aventure douteuse. François Archambault, qui cherchait à écorcher l’ésotérisme dans La Nostalgie du paradis, revient ici à l’attaque de belle façon. La soirée se termine avec un suspense réussi d’Yvan Bienvenue, qui nous entraîne dans un "bad and breakfast" hanté.
En 1999, le Théâtre Officiel Del Farfadet avait osé une première expérience du genre, avec la pièce Faites de beaux rêves de l’Américain Ralph Pape. Fous rires et décrochages avaient marqué les représentations offertes par la compagnie spécialisée dans les blind dates théâtraux. Cette fois, pas de cabotinage: les interprètes écoutent avec une très grande attention leurs partenaires de jeu. Et s’ils se prêtent avec sérieux à cette cascade scénique, cela ne les empêche visiblement pas de s’amuser au moins autant que l’assistance!
Jusqu’au 16 juin
Au Théâtre La Licorne