Agromorphobia : Les nourritures terrestres
Scène

Agromorphobia : Les nourritures terrestres

Originale, Agromorphobia, mis en scène par OLIVIER CHOINIÈRE, figure parmi les meilleurs divertissements de l’été. Sur le mode de la série B, la pièce évoque avec humour le culte de la santé et les progrès de la technologie. Rafraîchissant.

C’est à une drôle de macédoine que nous convie Agromorphobia: un "mélodrame végétarien" à la sauce horrifico-parodique, qui tient davantage de L’Île du docteur Moreau que des pantalonnades auxquelles la saison estivale nous a accoutumés. Une mixture en tout cas très rafraîchissante et plutôt délectable, pour qui goûte l’humour grotesque de la série B…

Le metteur en scène (et possible auteur) Olivier Choinière a eu l’idée lumineuse d’installer son "théâtre d’été urbain de série b" sur la terrasse du Théâtre d’Aujourd’hui, cadre enchanteur juché aux pieds de la lune et de la croix du mont Royal, ce qui rend l’expérience des plus agréables pour le spectateur. Un environnement idéal où planter cette histoire d’île étrange, habitée comme il se doit par un savant mégalomane -personnage incontournable du genre -, Gronome (Jean-Sébastien Lavoie), sa fille Végéta (Simone Chevalot), fruit des expériences paternelles avec les végétaux, et l’Igor de service, Marcil (très amusant Marcelo Arroyo).

Inconsolable après 20 ans à chercher en vain son fils disparu, Flora (Geneviève Filion), une fleuriste renommée, débarque sur l’île pour y suivre une cure de santé, entraînant avec elle son neveu, un poète grandiloquent (Michel Lavoie), la petite amie de celui-ci, une prostituée enceinte (Catherine Allard), ainsi que DuMaurier (Marc Beaupré), un détective privé exhalant la nicotine et le scepticisme. En fait de santé et de bonheur par l’assiette, les curistes auront plutôt droit à de singulières métamorphoses orchestrées par Gronome, sorte de docteur Frankenstein des fruits et légumes…

Dans le luxuriant décor signé Marie-Pierre Fleury et Anna Pollack, le public est lui-même transformé pour l’occasion en Compostos, une créature issue des expériences ratées de l’apprenti sorcier. Et, à ce titre, il est régulièrement alimenté de petits hors-d’oeuvre végétariens tout au long de la pièce. La partie "dégustation" du spectacle est ainsi bien intégrée dans l’histoire.

Dans un style un peu précieux, digne de l’époque (la pièce, attribuée à l’énigmatique auteur Elvire O’Connor, évoque plutôt le XIXe siècle), Agromorphobia fait ses choux gras de la manipulation des aliments et des humains, thèmes très présents au menu du jour. De grosses questions mijotées ici dans une sauce légère, car le spectacle se révèle surtout une pochade fort divertissante, servie par une imagination en excellente forme – sinon toujours du meilleur goût! À l’heure où le tabac est devenu une proie de choix pour les vertueux de la santé, on goûtera particulièrement cet humour irrévérencieux qui fait de la vénéneuse cigarette une sorte d’antidote à une obsession végétarienne particulièrement inquiétante…

Tous les ingrédients qui font le charme de la série B sont au rendez-vous: l’utilisation d’une pesante musique wagnérienne pour créer des effets comiques au second degré; un combat stylisé sur le mode ralenti (réglé, bien sûr, par le chorégraphe de combats Huy-Phong Doan); et, surtout, de délirants effets spéciaux érotico-végétaux! Des trouvailles qui constituent le dessert de cette savoureuse soirée.

Une chose est sûre: Agromorphobia, c’est du théâtre comme on n’en voit guère ici, ni en été ni en hiver…

Sur la terrasse du Théâtre d’Aujourd’hui
Jusqu’au 25 août
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