Bilan du FIND : Succès d'estime
Scène

Bilan du FIND : Succès d’estime

La dixième édition du FIND qui aura duré exceptionnellement presque trois semaines nous aura fait découvrir les futures têtes d’affiche en Europe. On s’attendait à de la controverse. En lieu et place, les spectacles de Jérôme Bel, Maria Ribot ou Vera Mantero nous ont amusés, intrigués ou encore  exaspérés.

On compte sur les doigts d’une main les coups de coeur parmi la trentaine de spectacles qui ont tenu l’affiche de la dixième édition du Festival international de nouvelle danse. Il n’y a pas eu non plus de grandes déceptions. En fait, on gardera surtout en mémoire des images réjouissantes comme celle du danseur Mikhaïl Barychnikov "swingnant" avec sa troupe à la fin du spectacle PastForward. Ou de cette autre illustrant un public qui se joint spontanément aux participants du spectacle 9X 9.

En réalité, cette dixième édition qui aura duré exceptionnellement presque trois semaines nous aura fait découvrir les futures têtes d’affiche en Europe. On s’attendait à de la controverse. En lieu et place, les spectacles de Jérôme Bel, Maria Ribot ou Vera Mantero nous ont amusés, intrigués ou encore exaspérés. Ceux-ci auront toutefois eu le mérite de questionner la relation du public avec la danse.

Autre déception: l’équipe du FIND souhaitait écouler 30 000 billets; à la place, 23 000 spectateurs ont déboursé de leur poche. Pour expliquer les salles à moitié pleines, les organisatrices pointent du doigt les attentats de New York, qui ont eu lieu trois semaines avant le début du Festival.

Ainsi, le public et la critique ont souvent été décontenancés par des performances qui n’étaient pas de la danse proprement dit. Bien que leurs performances furent innovatrices et intéressantes à plusieurs égards, celles-ci exigeaient une bonne dose d’ouverture d’esprit de la part du public. Par exemple, l’Espagnole La Ribot interprétait, flambant nue, une série de solos plus proches de l’art contemporain que de la danse. Heureusement, son charisme et sa puissante concentration insufflaient une touche de sobriété à l’oeuvre entière. Si certains passages paraissaient futiles, d’autres suscitaient l’admiration. Comme cet extrait où elle ingurgitait, tête renversée, une bouteille d’eau tout en se couchant lentement sur le sol. Pendant ce temps, au studio de l’Agora, les interprètes de la compagnie portugaise O Rumo Do Fumo saupoudraient leur corps de cacao, déambulaient avec d’énormes postiches sur la tête ou encore restaient longtemps immobiles sous une couverture. Pendant plus d’une heure trente, ceux-ci n’ont jamais esquissé un seul mouvement dansé. Heureusement que ce spectacle n’a pas été programmé à la fin du Festival car la salle aurait été désertée.

Le même jour, le Français Xavier Le Roy transformait son corps en une espèce de poule sans tête sur une scène dépouillée et éclairée crûment. Encore ici, point de danse. À la place, nos neurones fonctionnaient à plein régime: qu’est-ce qu’on doit comprendre de tout cela? "C’est de la danse extrême, explique en conférence de presse Chantal Pontbriand. C’est-à-dire qu’elle implique un élément de risque, car on ne sait jamais où l’on va atterrir."

La belle danse
Condensées au début du Festival, les performances radicales de ces Européens n’ont fait qu’accroître le goût du public pour de la belle danse. Ce n’est pas pour rien que ce dernier a réservé un accueil chaleureux et mérité aux oeuvres de Ginette Laurin, Merce Cunningham, Trisha Brown, Ralph Maliphant, ou encore à la rétrospective du White Oak Dance Project. Avec eux, pas de prise de tête; on se laisse porter par une danse fluide, esthétique et simple. Et c’est non sans raison que le Prix du public fut attribué au Britannique Ralph Maliphant. Ce chorégraphe-danseur en ascension en Grande-Bretagne s’est démarqué du lot en interprétant d’une façon puissante de superbes courtes pièces. Vivement son retour!

Par ailleurs, le Festival a terminé comme il a débuté, c’est-à-dire avec la présence de monsieur et madame Tout-le-monde sur la scène. Dans The Show Must Go On, du Français Jérôme Bel, des petits, des grands et des gros accomplissaient de simples déhanchements sur des succès musicaux anglophones. Le simple fait de les voir, par exemple, immobiles et silencieux sur la scène donnait le frisson. Ce spectacle fut jouissif, mais pas aussi abrasif qu’on l’aurait souhaité. Une quarantaine de participants locaux ont aussi défilé lors du spectacle de clôture, PastForward. Encore ici, la présence de non-danseurs a humanisé un spectacle rôdé au quart de tour et dansé avec beaucoup de virtuosité par le White Oak Dance Project.

Enfin, entre The Show Must Go On et PastForward, une trentaine de jeunes Montréalais ont répondu aux consignes chorégraphiques de la Belge Christine de Smedt, et cela, sous le regard amusé du public de l’Usine C. Un vent de liberté soufflait sur cette oeuvre sympathique et sans prétention. On percevait ce même sentiment de liberté chez le Quatuor Albrecht Knust. Comme dans un studio de répétition, le groupe français – auquel se sont mêlés La Ribot, Xavier Le Roy et un danseur de Mathilde Monnier – exécutait avec bonne humeur des chorégraphies de l’Américaine Yvonne Rainer.

Les Québécois
En comparaison avec le travail cérébral des Européens, les nouveautés québécoises continuent de se démarquer par une approche théâtrale. Ginette Laurin a soulevé les passions avec Luna. Sa volonté de dévoiler les détails de la danse en utilisant d’immenses loupes sur scène a surtout servi de prétexte à la création de magnifiques images poétiques. En fait, pour découvrir la face cachée de la danse, il fallait plutôt s’asseoir dans une des minuscules loges aménagées à la Fondation Jean-Pierre Perreault. À quelques pas de nous, les danseurs de Perreault interprétaient avec virtuosité et coeur la dernière création du chorégraphe, Les Ombres.

Paul-André Fortier a de son côté frappé notre imaginaire. Brillamment interprétée par Robert Meilleur et le chorégraphe, Tensions porte sur la dualité entre la ville et la nature, la jeunesse et la vieillesse. Grâce aux images vidéo de Patrick Masbourian, la pièce évoquait de façon subtile la solitude urbaine.

En revanche, les créations de Manon Oligny et Marie-Claude Poulin n’ont pas passé la rampe. À la première, on reproche l’utilisation des clichés habituels de l’affirmation féminine. À l’autre, un manque de clarté dans la proposition chorégraphique et une faible interprétation.