

Dave Richer : Jouer les héros
Un numéro sur la porte, un lit qui occupe presque tout l’espace, un petit bureau, un ordinateur et une chaîne stéréo.
Catherine Hébert
Un numéro sur la porte, un lit qui occupe presque tout l’espace, un petit bureau, un ordinateur et une chaîne stéréo. En apparence, rien ne distingue la chambre de DAVE RICHER de celle des autres étudiants en résidence à l’Université de Montréal. Ce n’est qu’une fois assise avec le comédien (sur son lit!) que la journaliste remarque le fauteuil roulant abandonné dans un coin et le Masque, qui trône sur le rebord de la fenêtre. Aussitôt qu’il ouvre la bouche, force est toutefois de constater que Dave Richer n’a rien d’un gars ben ordinaire.
Paralytique cérébral de naissance, le comédien à la démarche désarticulée avance à pas assurés dans le milieu artistique depuis la création de 15 Secondes, une comédie écrite pour lui par François Archambault. "J’ai joué cette pièce durant quatre ans, en français puis en anglais, à Ottawa et Winnipeg. J’ai donné une centaine de représentations, ça a tellement pogné, il manquait juste des figurines!, lance en riant le très charismatique interprète. Je ne regrette pas d’avoir commencé ma carrière avec quelque chose qui me ressemblait, et grâce à quoi je me suis mis à nu, pour montrer que j’étais là. Maintenant, je suis prêt à passer à autre chose."
Maintenant, Dave veut jouer Richard III. Convaincu qu’il peut camper l’ambitieux duc de Shakespeare, le comédien handicapé (qui en connaît un bout sur l’ambition) a proposé la chose aux codirecteurs du Nouveau Théâtre Expérimental. Qui ont d’abord refusé, pour se raviser et y aller ensuite d’un joyeux "pourquoi pas?". Offert sous la forme d’un atelier, Dave veut jouer Richard III s’articule autour de la question "pourquoi un acteur veut-il incarner tel ou tel personnage?".
Jean-Pierre Ronfard et Alexis Martin se sont demandé pourquoi les grands personnages comme Odipe, Le Cid, Cyrano et Richard III exercent sur les interprètes une telle séduction, malgré le danger qu’ils représentent. Qu’est-ce qui peut bien pousser un acteur comme Dave Richer à affronter ce danger malgré (ou à cause de) son handicap? Pour creuser la question, ils ont imaginé l’histoire d’un comédien à la tête dure et aux jambes de guenille, qui répétera des extraits de Richard III sous l’oeil vigilant d’un coach (Daniel Brière) et de Lady Anne (Salomé Corbo).
Cinq ans après la création de 15 Secondes à l’Espace Libre, Dave Richer est heureux de retrouver ses amis du NTE et de travailler pour la première fois sous la direction de "Monsieur Ronfard". Un être sans pitié, confie-t-il en riant. "Il est dur! Il est pas arrêtable! Il est consciencieux et il sait ce qu’il veut."
Infatigable, Dave Richer l’est aussi. Depuis qu’il a obtenu un DEC en art dramatique au cégep Saint-Laurent, le jeune homme a coanimé un gala au Festival Juste pour rire, joué dans deux longs métrages et interprété plusieurs petits rôles à la télé, certains passionnants, d’autres moins. Il faut voir son sourire penaud quand il est question de sa prochaine apparition dans Lance et compte IV! Pas facile, d’apprendre à dire non… Le comédien, qui étudie le cinéma à l’UdeM, se dit que peut-être, un jour, ce sera lui qui sera derrière la caméra. Il rêve aussi d’obtenir un rôle d’importance dans une série télé, tout en continuant de se faire voir sur les planches. Et d’ici là, Dave ne veut qu’une chose: jouer Richard III…
"J’ai tout le temps voulu interpréter un classique parce que j’ai le goût de relever des défis." Avec son air décidé et ses yeux doux, on imagine pourtant mieux Dave Richer dans la peau de Roméo, disons, que dans celle du fourbe Richard III. Mais, explique-t-il, Richard III est fascinant parce qu’il est laid, difforme et désagréable, en plus d’être une crapule. Tout le contraire de lui, quoi! "Si je peux montrer aux gens, et surtout à moi-même, que je suis capable de jouer un classique de manière crédible, je pense que je vais grimper d’une coche. C’est bien beau, les rôles de handicapé, mais il faut maintenant passer à autre chose. J’en suis capable, et le public est prêt à l’accepter."
Auditorium Justine-Lacoste-Beaubien de l’hôpital Sainte-Justine
Du 15 au 27 octobre (relâche les dimanches et mercredis)