Jean-François Casabonne : La marche à l'amour
Scène

Jean-François Casabonne : La marche à l’amour

Jean-François Casabonne est un grand marcheur devant l’Éternel. Il a fut à l’origine, seul ou à plusieurs, de longues marches à travers la province, et a même co-organisé l’an dernier des marches pour la paix.

Jean-François Casabonne est un grand marcheur devant l’Éternel. Il fut à l’origine, seul ou à plusieurs, de longues marches à travers la province, et a même co-organisé l’an dernier des marches pour la paix. "C’est une forme de méditation active qui a toujours fait partie de moi, explique-t-il. Il y a quelque chose de très libérateur dans la marche. Ça secoue le statisme. Et on est sclérosés dans notre pensée en ce moment. Il y a une inertie." Ce comédien engagé s’intéresse aussi aux démarches plus intérieures.

Tout ça se retrouve dans La Traversée, premier texte de Casabonne porté à la scène, lui qui a déjà publié un récit (Du coeur aux pieds) et, récemment, un roman (Jésus de Chicoutimi). Qualifié d’"oratorio pour voix humaines" par l’auteur, ce texte construit en trois mouvements emprunte une forme très poétique. Une évocation où "les mots vont marcher dans la tête des gens, et permettre un parcours intérieur chez le spectateur".

Créée à la Salle intime du Théâtre Prospero, l’oeuvre raconte l’itinéraire de deux personnages qui font route de la Gaspésie jusqu’à Montréal. Parsemée d’odes à la "magnificence du fleuve", La Traversée dresse un éloge de la marche, qui permet de prendre le temps d’aller à la rencontre des gens et des paysages. "C’est faire vraiment un pied de nez à la performance." Pour Jean-François Casabonne, le trajet est plus important que la destination, avec ses rencontres imprévues, ses accidents, la place laissée à ce qui nous échappe, dans un monde où on tend à "tout prévoir".

Pendant La Traversée, les deux marcheurs, une femme et un homme, devront composer avec leurs différences. Selon l’auteur, notre incapacité à accepter les différences – qu’elles soient le fait des individus, des peuples ou des pensées – est à la source de la violence. "Je pense que si, collectivement, on est incapable d’atteindre une certaine paix, c’est qu’il y a quelque chose en nous qui n’accepte pas la différence. Alors on tourne cette violence vers les autres ou vers soi-même. Quand on cessera de se battre avec la différence, on pourra atteindre ce qu’est vraiment une relation: un pont. Laisser cohabiter les différences, les contradictions, je pense que c’est ça, être humain."

Pris dans le tourbillon d’un horaire chargé (dont le tournage de Simonne et Chartrand, dans lequel il incarnera le poète Gaston Miron), Jean-François Casabonne désire faire partager "un état de prière à la veille de Noël, pour réfléchir à la paix". "On pourrait appeler ça un pèlerinage théâtral. C’est engageant." Des mots aux accents religieux qui semblent tabous aujourd’hui…

Le comédien constate que la recherche de spiritualité s’exprime désormais dans une sorte de mouvement collectif de quêtes individualistes! "En ce moment, on cherche ensemble individuellement. C’est parce qu’on a une conception paradoxale de la liberté. On mêle liberté et relativité. On pense qu’être libre, c’est faire ce qu’on veut quand on veut. Le discernement a pris le bord. C’est ce qui fait qu’on s’implique moins. La souffrance des autres nous fait souvent peur. Mais je pense que la liberté ne peut pas se vivre autrement qu’avec les autres. C’est un peu ça aussi, le spectacle: faire quelque chose ensemble."

Lui-même ne fera pas La Traversée en solitaire. Annick Bergeron et Roch Aubert seront ses compagnons de route, tant à l’interprétation qu’à la mise en scène.

Du 3 au 21 décembre
Au Théâtre Prospero

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