Jean-Guy Legault : Comptes de Noël
Scène

Jean-Guy Legault : Comptes de Noël

Le Théâtre Denise-Pelletier se lance dans le spectacle de Noël avec Scrooge, version francophone du fameux conte de Dickens. Le metteur en scène JEAN-GUY LEGAULT n’a pas ménagé ses efforts pour adapter à la scène cette histoire d’avare visité par des spectres.

Cet hiver, les avares ont la cote. Après Séraphin Poudrier, au tour du répugnant Ebenezer Scrooge de se donner en spectacle. Le vieux grippe-sou tente une première percée sur les planches d’un théâtre francophone montréalais, dans une adaptation d’Un chant de Noël (A Christmas Carol) signée Jean-Guy Legault. Ce conte de Charles Dickens est une tradition dans le monde anglo-saxon, où la coutume veut qu’on le lise à voix haute après le repas de Noël; durant le temps des Fêtes, les adaptations théâtrales se multiplient au Canada anglais, aux États-Unis et en Grande-Bretagne, mais ici, niet! Originaire de l’Ontario, Jean-Guy Legault souhaite faire découvrir cette histoire aux familles montréalaises. Avec Scrooge, le directeur du Théâtre des Ventrebleus a bon espoir de faire voyager la tradition.

C’est à huit ans que Jean-Guy Legault a le coup de foudre pour le triste M. Scrooge, devant un film en noir et blanc de la BBC. Depuis, la flamme brûle toujours, même s’il a sué un coup sur l’adaptation théâtrale du conte, dont il a rédigé six versions en cinq ans. Une fois le texte terminé, les Ventrebleus se sont lancés dans une chasse à la subvention. "C’était un précédent qu’une si jeune compagnie demande un si gros budget", avoue le metteur en scène. L’argent amassé a servi à concevoir une complexe mécanique de scène – 14 lieux différents -, des projections et des marionnettes. "Le spectacle se rentabilisera au fil des ans. On veut partir en tournée, offrir une solution de rechange à Casse-Noisette."

Pour résumer l’histoire de Scrooge, disons que le vieux commerçant vivra une étourdissante nuit de Noël quand il sera tiré du lit par trois spectres, bien décidés à lui faire prendre conscience de sa mesquinerie en l’entraînant dans le passé, le présent et le futur. Une histoire fantaisiste à laquelle Legault s’est permis quelques ajouts de son cru. Parmi les esprits, on verra une psychopathe et un Tom Jones, version 1843…

"Sur scène, l’esprit bâtard prédomine. Le décor se transforme à vue, c’est une vraie boîte à surprises. Nous sommes inventifs, imaginatifs et permissifs. Tout le monde a son mot à dire." Ceux qui ont vu Le Capitaine Horribifabulo ou L’Honnête Fille reconnaîtront la griffe des Ventrebleus, assure-t-il. "C’est encore du théâtre sportif, essoufflant. L’Honnête Fille était un canevas à partir duquel on pouvait improviser. Cette fois, nous avons une histoire, avec une atmosphère particulière. C’est plus mystérieux, et il y a un message social à transmettre, même si on l’a un peu édulcoré."

Treize comédiens se partagent une trentaine de rôles et quelques chansons. C’est le complice du metteur en scène, Simon Boudreault, qui interprète le vieux Scrooge, un choix étonnant quand on sait que la distribution compte aussi Gabriel Sabourin et Vincent Bilodeau. Selon le metteur en scène, un comédien qui ne possède pas le physique de l’emploi de son personnage tend à développer en contrepartie un esprit d’observation plus pointilleux. "La construction du corps à la manière du théâtre européen me plaît beaucoup. Disons que je ne suis pas trop Stanislavski! Il faut qu’il y ait une instabilité au théâtre, et le casting est un moyen d’y parvenir."

Jean-Guy Legault est convaincu de la pertinence du propos de Dickens, dans un univers où le travail est roi. Mais attention, pas question de reconnaître en Scrooge un patron ou un collègue! "Le théâtre a souvent représenté les gens de manière à ce qu’ils puissent dire: c’est vrai qu’on est comme ça. Je m’excuse, mais moi, je m’en fous de voir mon voisin sur scène, je ne paierai pas pour ça, j’ai juste à regarder par-dessus ma haie! Ce n’est pas la job du théâtre de faire de l’hyperréalisme. Le théâtre doit présenter un imaginaire plus fort."

Toute ressemblance avec des personnes connues ne sera donc que pure coïncidence…

Du 12 au 29 décembre
Au Théâtre Denise-Pelletier