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Scène

Louis-José Houde : Mongol à batteries

En moins d’un an, la cote de popularité de LOUIS-JOSÉ HOUDE a monté en flèche. Chroniqueur de l’absurde du quotidien ou pourvoyeur de mauvais vidéoclips, son incessant flot de paroles le caractérise peut-être, mais c’est surtout la précision microscopique de ses observations qui fascine un public sans cesse grandissant. Nouvelle coqueluche.

Louis-José Houde est un peu ce que les Américains appelleraient the guy next door, votre voisin, un ami d’enfance. Né à Québec, ayant longtemps vécu à Brossard, il se décrit lui-même comme un gars "ben ordinaire" ayant grandi "dans une famille tout ce qu’il y a d’ordinaire". On ne s’étonne donc pas qu’il s’attarde aux banalités de l’existence, confiant entre deux séances de photo qu’il aime faire son lavage, plier le linge, qu’il est un enragé du volant qui "passe proche de sortir de son char des fois", qu’il porte toujours deux paires de bas, etc. Le même genre de préoccupations qui habitent son premier one-man-show dont il signe l’ensemble des textes.

Humoriste, anciennement scripteur pour La Jungle, chroniqueur à Fun noir, c’est sans doute grâce à la désopilante émission Dollaraclip de laquelle il tient la barre à MusiquePlus que Houde fait ou fera consensus auprès du public. Une idée qu’il avait eue avec Richard Petit et qui fait mouche: il y présente les clips les plus exécrables de la vidéothèque de la chaîne, partant même de temps à autres à la recherche de leurs auteurs lorsque ceux-ci sont accessibles, comme ce fut le cas de D-Natural, un rappeur qui n’a heureusement pas tout laissé tomber pour sa carrière musicale…

Après nous avoir raconté dans les détails sa rencontre avec les Rolling Stones dans les coulisses du Centre Bell, cet amant du classic rock se prêtera avec l’honnêteté la plus patente à une entrevue qu’on devine ponctuée de ses fameuses mimiques, mais qui le plus souvent révèle un être sensible, prudent, mais surtout absolument passionné par son métier et tout ce qui l’entoure.

Selon toi, le rire est-il une finalité en humour?
"Pour moi, c’est une priorité. Trop d’humoristes se cherchent un style alors qu’avant tout il faut faire rire. Quand t’es humoriste, c’est ton mandat d’être drôle, sans toutefois dire n’importe quoi. Il faut faire attention de ne pas faire des gags pour des gags, ça ne vaut pas la peine de faire rire à tout prix."

As-tu réfléchi à ton espérance de vie dans le show-business?
"Un peu oui. Tu ne t’assois pas pour réfléchir à ça, mais ça reste là, en arrière de ta tête. C’est quand ça commence à fonctionner que ça te frappe. Quand je construisais mon show, que je commençais, je voulais seulement atteindre le top, puis une fois que tu y es, tu te dis qu’il faudrait bien y rester (rires), alors ça te travaille un peu. Ça fait six mois que cette idée-là est apparue en moi. Il faut faire attention de ne pas souffrir d’overexposure, alors je dis non à plusieurs personnes qui ne comprennent pas toujours ça, mais je ne veux pas donner toutes mes munitions d’un seul coup, me brûler, alors je suis prudent. Il faut que je me renouvelle aussi, je ne peux pas m’asseoir sur mon succès, quitte à prendre des risques."

Tu es une vedette depuis environ six mois. Quels sont les revers de la célébrité que tu constates à ce jour?
"Ça fait drôle d’entendre ça. Rien de majeur encore. Le plus bizarre, c’est de ne plus être anonyme. Par exemple, si tu te fais pisser dessus par une moufette et que tu dois entrer dans une boutique, ton chum te dirait normalement: "Heille, c’est pas grave, ils te connaissent pas." Mais maintenant, ils me connaissent! Alors ces gens-là vont garder ce souvenir-là de toi pour toujours. C’est vraiment weird."

Au Québec, l’humour est sans doute l’un des métiers les plus payants. Ton rapport à l’argent a-t-il changé?
"… C’est vrai que c’est payant. Je commence à voir les revenus et je suis un peu dépassé, je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi payant. J’ai fait un show à mon goût, qui plairait au monde de ma génération mais je ne pensais jamais que ça marcherait autant. À part que je veux m’acheter une maison bientôt, je place mon argent pour ne pas le perdre. J’ai un train de vie encore un peu cégépien, je fais attention, mais l’argent me permet de ne plus me faire chier. Je n’irai pas m’acheter un bateau, mais au lieu de faire réparer un petit truc qui est brisé, je vais le remplacer."

Tu disais que tu as atteint le top. En anglais on dit souvent: "It’s lonely at the top" en parlant de la célébrité. Te sens-tu seul aujourd’hui?
"J’en parle dans mon show, mais c’est pour arriver au top que tu deviens seul. Pour travailler autant, tu dois faire des sacrifices, comme un athlète, et dire non à tes amis. J’en ai perdu des blondes et des chums comme ça. Je n’ai plus aucune forme de vie sociale depuis cinq ans. Ne reste que les vrais amis avec lesquels mon rapport n’a pas changé. Mais non, je ne suis pas vraiment seul."

Un peu comme une plaie générationnelle, la politique n’intéresse plus les jeunes. Et toi?
"J’ai eu 18 ans 10 jours avant le référendum de 1995, j’étais très oui, oui, oui! Puis je m’y suis arrêté, me suis demandé pourquoi ça m’excitait tant que ça et comme pour pas mal de monde, j’ai eu un petit down sur ce sujet-là. Mais là, je commence à faire de l’argent et à payer pas mal d’impôts…"

Alors tu vas devenir adéquiste?
"(Rires.) C’est plus que je suis maintenant un citoyen à part entière et que je suis un véritable adulte en société. Je me pose plus de questions sur le fonctionnement du système, sur l’utilisation qu’on fait de mes impôts."

Pendant des années, ce sont les relations homme-femme qui ont occupé presque tout l’espace en humour. Comment expliquer que tes textes, qui portent le plus souvent sur des banalités du quotidien, comme les élastiques, les orteils et la douche, ont autant de succès?
"Les gens ont l’impression que je les espionne. Je leur parle de choses qu’ils font dans l’intimité, qu’ils sont convaincus d’être les seuls à faire parce qu’ils n’en parlent jamais. Ce sont les comportements du monde qui m’intéressent. J’ai assez de difficulté à expliquer pourquoi ça marche autant, mais je pense que du moment que le public se sent directement impliqué, il embarque."

Ça ressemble beaucoup à l’humour américain, à Jerry Seinfeld par exemple. Tu ne parles pas beaucoup de ce type d’influences, quelles sont-elles?
"J’ai justement vu Seinfeld pour une deuxième fois la semaine dernière. J’aime beaucoup Bill Cosby, Woody Allen. Eddie Murphy à son époque stand-up a joué un rôle important dans mon choix de carrière. Richard Prior aussi. Et pourtant, leur propos est très différent du mien. Ils parlent sexe, mariage, drogues, politique, mais c’est leur rythme qui m’a influencé, le rendu de leur matériel, le delivery."

Ton humour est plutôt gentil, tu n’es jamais vraiment sadique, même pas méchant. Pourtant, quand tu fais Dollaraclip, tu deviens plus caustique.
"C’est vrai. Au début, je ne voulais pas qu’on confonde ce que je fais dans mon show et l’émission. Je ne cherche pas à être chien, je veux seulement faire rire, faire remarquer des détails, comme si c’était une sorte de pop-up vidéo. Pour moi, le défi est de faire cette émission sans écoeurer personne, sans les planter. Je voulais que même ceux qui se voient dans le show puissent rire d’eux-mêmes. Il y a même des groupes dont on a passé les clips qui nous en ont suggéré d’autres qu’ils avaient faits. On ne rit pas tant que ça du monde, mais plus du vidéo."

Et avec D-Natural, c’était un peu étrange quand même. Il y avait une espèce d’ambiguïté, comme s’il était content d’être là, comme s’il ne comprenait pas que tu riais de lui… Comprenait-il l’ironie du truc?
"C’est une des affaires les plus floues que j’ai faites. Je pense qu’il a compris qu’on riait de lui un peu, il a signé des t-shirts et tout, mais à un moment dans l’entrevue, les gens ont comme vu une étincelle dans ses yeux [et ce qui a passé pour de la fierté était en fait] de la nervosité, je crois. Ce qui a trompé le monde, c’est qu’il sort un nouveau disque, c’est un peu étrange."

Les 28 et 29 janvier
À la salle Albert-Rousseau

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