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Scène

Simone et Victor : Mémoire vive

Des pieds nus au bout d’un quai, un chapeau déposé là. Mais qui est cette femme? C’est Simone, mais aussi, peut-être, votre mère ou votre grand-mère. D’ailleurs, on ne la voit pas ou presque. Que ses pieds, parfois ses gestes. L’envoûtant Simone et Victor, présenté au Théâtre Prospero, étonne par son efficacité à nous faire glisser sur des souvenirs.

C’est que la metteure en scène et comédienne Johanne Benoît relève un énorme défi, celui d’amalgamer théâtre d’objets et jeu masqué tout en rejoignant un public adulte. Nous y sommes attendris et émus devant un homme et une femme et quelques objets trouvés dans les malles de la maison familiale. Ces objets revivront dans leurs mains alors qu’ils recréeront la vie de leurs parents. De la rencontre sur un quai au mariage, des enfantements aux départs, en passant par les drames et les réconciliations.

En jouant avec des images tronquées où l’on ne voit que certaines parties des corps, Johanne Benoît réussit habilement à évoquer la fugacité de la mémoire. Les représentations de la vie quotidienne, quant à elles, sont basées sur une reconstitution évidente fourmillant de trouvailles scéniques. Parfois les habits demeurent dans les valises alors que le frère et la sœur glissent un bras dans une manche. Un voile de mariée deviendra un couffin, les draps sur la corde à linge seront les nourrissons que l’on berce. Ce souci de la restitution à travers les objets contribue à nous émouvoir, alors qu’un homme et une femme dansent devant nous la valse de leurs parents.

Les masques font leur apparition quand les parents vieillis prennent la place des enfants. Ceux-ci créent un mystérieux effet de réalisme tout en accentuant une bonhomie quasi cynique. Le texte de l’auteur et comédien Martin Boileau soutient sans les altérer les images mouvantes, souvent très fortes en elles-mêmes, grâce entre autres au jeu physique tout en finesse des acteurs et aux magnifiques éclairages d’Andréanne Deschênes. Il faut également noter la beauté du thème et des textures sonores de Maryse Poulin, avec son habituel piano en forme de violon et son accordéon qui souffle et respire entre ses mains. Un véritable enchantement.

Jusqu’au 14 mars
Au Théâtre Prospero
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