

Te Amo : Franc jeu
"Au Sunil, on a une vieille habitude: on mange ensemble et, autour d’un verre de vin, on se raconte la vie; alors on ne sait jamais bien quand une idée surgit. Mais on sait qu’un jour, elle volait sur la table, et on l’a attrapée; on l’a mise dans une petite boîte, et quand on y fouille, on la retrouve, comme un papillon", raconte DANIELE FINZI PASCA.
Marie Laliberté
Photo : Andrea Lopez
De cette boîte à idées est née Te Amo, dernière création du Teatro Sunil, qui avait ravi le public, en 1996, avec le magnifique Icaro. Pour créer ce spectacle, Daniele Finzi Pasca, qui signe texte et mise en scène, a travaillé avec la comédienne Dolores Heredia, qui joue dans la pièce en compagnie de sa sœur, Ana.
Te Amo présente deux amies d’enfance qui se retrouvent après plusieurs années. L’une, Afrodita, à la suite d’un événement grave, s’est murée dans le silence; l’autre, Cassandra, essaie de la ramener auprès d’elle. C’est par le retour à l’enfance, l’appel à l’imaginaire qu’elles réussiront à se rejoindre.
Spectacle plein de tendresse, Te Amo porte aussi, dans sa mise en scène, la marque du Sunil. "On a toujours privilégié une beauté scénique qui repose sur la simplicité, explique l’artiste suisse. En plus, c’est particulier: sur scène, on a deux actrices, dont l’une est trisomique. Ana questionne beaucoup le travail d’acteur: les choses faciles pour un acteur deviennent complexes parfois pour elle, et les choses complexes, comme être vrai sur scène, pour Ana deviennent parfois très faciles. Donc c’est toute une ré-analyse, pour nous, du mystère de jouer."
Autre particularité du spectacle: le recours à l’univers du clown, comme c’est souvent le cas dans les créations de Daniele Finzi Pasca. "C’est comme une espèce, pour moi, d’archétype qui me permet de construire des anti-héros, des héros perdants, et de faire une élégie de ça. Donc, ça raconte probablement, avec des images, la vie de la plupart des gens."
La mise en scène, ainsi, propose une échappée dans l’imaginaire. "Le théâtre, c’est toujours un jeu avec les conventions. Tout le monde sait que tout est de carton, de papier, mais on fait comme si ça existait. Et là, ça nous ramène à un étrange questionnement: parfois, devant une belle fleur, on dit "Regarde-la, elle est tellement belle, elle paraît fausse"; et devant certaines fleurs fausses, bien faites, on dit "Regarde-la, elle est tellement belle, elle paraît vraie". Le théâtre, pour moi, a toujours à voir avec cette perception du vrai et du faux; et il ne fait rien d’autre que mettre en jeu ce grand et étrange point d’incohérence."
Et pourquoi l’artiste consacre-t-il sa vie au théâtre? "Moi, je voudrais que les gens, quand ils sortent du théâtre, partent vers la gauche. Ça, c’est ma définition la plus claire de pourquoi je fais du théâtre. Dans ma ville, avant, quand tu sortais du théâtre municipal, tu avais seulement deux options. Soit tu allais à droite, vers la place, les cafés, soit tu allais à gauche, vers le lac. Alors ça dépendait des spectacles que tu avais vus. Après avoir beaucoup ri, après des spectacles présentant de forts messages, des questionnements politiques, en général les gens continuaient à discuter, tournaient à droite, allaient prendre un café. Si c’était un spectacle qui les avait touchés, émus, probablement qu’ils tournaient à gauche, et allaient se balader près du lac, sans rien dire, comme pour garder cette émotion. Alors moi, je fais du théâtre pour que les gens, en sortant, partent vers la gauche."
Du 12 au 15 mai
Au Théâtre de la Bordée
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