W-Munkáscirkusz : Intolérable cruauté
Scène

W-Munkáscirkusz : Intolérable cruauté

Donnant dans la cruauté selon Artaud, le Théâtre Krétakör, son fondateur ÁRPÁD SCHILLING en tête, livre avec W-Munkáscirkusz une vision très personnelle et dérangeante du Woyzeck de Büchner. Extrémité d’expression.

Désireux de se frotter à l’œuvre de Büchner, le Krétakör créait, en 2001, W-Munkáscirkusz (W. Le Cirque des travailleurs), une version hard de son Woyzeck, issue de deux semaines d’improvisation dont Árpád Schilling a choisi et filé les meilleurs moments. "Je dirais que 80 % des situations viennent des comédiens, estime le directeur de production Máté Gáspár. C’est important de le préciser parce que, parfois, le spectacle est très cruel envers eux. En fait, l’enjeu de ce travail était la recherche des limites de l’expression théâtrale, la volonté de voir jusqu’où on pouvait aller." Autant dire qu’ils proposent une lecture très singulière de cette œuvre inachevée dont le dramaturge a laissé quatre versions: enfermé dans une cage, du sable parfois plein la bouche – pour aliéner jusqu’à sa parole -, l’humain s’y confond avec la bête. "Woyzeck est devenu un ouvrier, d’où le titre, explique-t-il. C’est le prolétaire qui se trouve à la marge de la société et qui, au fur et à mesure, perd tout: son travail, son amoureuse, ses caractéristiques humaines et même son nom, dont il ne reste qu’un signe qui n’a plus de valeur personnelle. Et nous sommes allés encore plus loin en intégrant une quinzaine de poèmes d’Attila József, souvent qualifié de poète prolétaire et dont l’œuvre est une des bases de la poésie hongroise moderne." Des textes que les comédiens chantent accompagnés d’un orchestre.

Évidemment, ces choix reflètent surtout les préoccupations de la troupe. "On avait envie de parler de cette classe ouvrière qui, à l’époque, était si importante dans les pays ex-communistes comme le nôtre et qui s’est trouvée marginalisée une dizaine d’années plus tard, affirme le directeur. C’est un avertissement selon lequel les grandes tendances sociales vont de plus en plus vers l’appauvrissement total de ceux qui n’arrivent plus à adhérer aux grands courants de la société." Un message sérieux, donc, qui ne va cependant pas pour eux sans la force évocatrice de l’art. "Tout le spectacle rayonne d’une ambiance poétique, observe-t-il. En fait, on assiste à une série de tableaux très physiquement codés, faisant allusion à des numéros de cirque, mais parallèlement, il y a toujours le côté poétique qui fait que le tout demeure assez aérien. Ces images suscitent des sensations très fortes qui, en général, touchent beaucoup le public; bien souvent, il réagit comme rarement on réagit au théâtre."

Du 13 au 16 mai
À la Caserne Dalhousie
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