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Arpád Schilling : Bêtes de scène
Scène

Arpád Schilling : Bêtes de scène

L’événement Théâtres du Monde reçoit la visite d’ARPAD SCHILLING, l’un des plus iconoclastes créateurs de la scène hongroise actuelle. En 2001, avant même de fêter ses 30 ans, le fondateur du Théâtre Krétakör amorçait une plongée en profondeur dans l’œuvre de Büchner en livrant W – le cirque des travailleurs, une version décapante de Woyzeck sur le point d’investir l’Usine C.

Acteur de formation, Arpád Schilling signe sa première mise en scène à l’âge de 20 ans. Véritable prodige, réalisant trois spectacles par année, le jeune homme est actuellement considéré comme une figure de proue de l’avant-garde artistique hongroise. En 2001, il entreprend ce qui deviendra un cycle de trois productions consacrées à la dramaturgie de Georg Büchner (1813-1836). Avant Léonce et Léna et HázamHázam (d’après La Mort de Danton), le Budapestois offrait avec W – le cirque des travailleurs une percutante adaptation de Woyzeck. "Je ressens un respect profond pour les artistes qui expriment une véritable compréhension des mécanismes du monde, déclare le metteur en scène dans un échange électronique. Mort à 23 ans, Büchner a composé une œuvre complète en quelques années seulement, sa dramaturgie atrocement précise me fascine. Il n’est pas seulement l’annonciateur du théâtre moderne, il est le théâtre moderne. Sans lui, le théâtre du 20e siècle serait inimaginable, comme le théâtre du 21e siècle le serait sans Brecht. La sensibilité sociale de Büchner, son cynisme profond envers l’élite politique et son combat contre toutes les injustices humaines imposent le respect. Ma rencontre avec son œuvre était inévitable."

Bestiaire
Pour mettre en scène cette histoire inspirée d’un fait divers racontant le meurtre d’une prostituée et la condamnation à mort de son amant jaloux, le barbier Franz Woyzeck, Schilling propose aux spectateurs comme aux acteurs d’entrer dans une cruelle arène. "Le marché est un lieu très important dans la pièce. À partir de celui-ci, j’ai imaginé un espace universel, une arène de cirque grillagée qui constituerait une métaphore du monde. Dans cette cage, des hommes-bestiaux vivent dans une captivité qui les trouble et instaure un système délirant, une hiérarchie sociale dont le leitmotiv est la terreur sentimentale et physique. Dans cet univers, Woyzeck cherche en vain une assise morale, la force rassurante de l’amour. À la fin du spectacle, la question se pose: est-ce que les grilles nous protègent de ceux qui sont dans l’arène ou ne serait-ce pas l’inverse?"

Le spectacle comporte également des poésies du révolutionnaire hongrois Attila József. "Ce poète exprime l’assujettissement et l’asservissement humains, insiste Shilling. Il a lutté passionnément pour faire valoir les droits de la classe ouvrière. J’ai toujours rêvé de mettre en scène sa poésie, sous n’importe quelle forme. Cette fois, j’ai senti que c’était le bon moment. Le destin de József a plusieurs points communs avec celui de Büchner, et même avec celui de Woyzeck."

Dans un pays où l’activité théâtrale est souvent sclérosée ou alors menacée, Schilling tente d’établir une pratique novatrice et personnelle qui renvoie aux Hongrois et au reste du monde une image nette de leur situation sociale et politique. "Je fais un théâtre fondamentalement subjectif. Je cherche la matière à travailler en moi-même. Quand nous examinons un thème particulièrement délicat, un problème universel d’un point de vue moral ou social, les acteurs, aussi bien que moi, sont obligés de procéder à une sévère autocritique. Je recherche la sincérité, et pour l’atteindre, j’ai besoin d’une forme de théâtre en conséquence. Pour que la rencontre avec le spectateur soit efficace, la cruauté et la violence doivent devenir poésie."

Du 18 au 20 mai
À l’Usine C
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