Toutou rien : Les héros de mon enfance
Scène

Toutou rien : Les héros de mon enfance

Que sont nos toutous devenus? La compagnie Qui Va Là présente ces jours-ci à La Petite Licorne un étonnant objet théâtral qui tente de faire renaître notre émerveillement face aux peluches de notre enfance tout en créant un univers poétique.

Un ourson élimé entreprend de nous raconter le périple qui l’a mené de la tablette du War-Marks au lit d’une enfant malade, en passant par le bureau d’un archiviste mélancolique. Tel un Christ renouvelé, l’ourson verse ses bourres (!), propageant un message d’amour universel à travers la poésie de Victor Hugo et un besoin désespéré d’être étreint.

Félix Beaulieu-Duchesneau, Justin Laramée et Philippe Racine, tous trois diplômés du Conservatoire de théâtre et codirecteurs de la compagnie Qui Va Là, ne reculent devant aucune fantaisie: transformer des peluches en marionnettes à gaine, donner une voix à des objets qui, à première vue, sont complètement impossibles à animer (il faut voir des chocolats sortir de leur boîte pour venir faire un discours mortuaire)… Bref, le théâtre d’objets se porte bien.

Ce Toutou rien est particulièrement intéressant dans la mesure où l’univers inventif demeure tout à fait imprévisible. Les trois comédiens allient plusieurs médias de façon inattendue et les images qui en résultent sont parfois très fortes. Deux classeurs pour seuls éléments de décor se transforment ingénieusement tantôt en lit d’hôpital, tantôt en allées de grands magasins. L’archiviste n’ayant pour visage qu’un grand carton neutre se révèle une des images les plus réussies. C’est que sa main arbore le même visage carré, petite mariolle à l’image de la grande, sautant dans les airs sous un nuage. Par moments, la beauté de ce tableau coupe le souffle, particulièrement lors d’une projection Super 8 où un enfant à vélo vient inonder de lumière le visage-carton.

Les trois auteurs-acteurs-manipulateurs usent d’ailleurs habilement des référents du monde de l’enfance afin de les confronter au monde des adultes. Des toutous racontant des obscénités ou s’esclaffant d’un rire gras font toujours joyeusement grincer des dents. La dégaine des peluches nie ici les connotations auxquelles nous sommes habitués. Les jeux de manipulations rudimentaires sont d’ailleurs étonnamment efficaces. De plus, les acteurs s’amusent avec les niveaux de jeu des diverses marionnettes selon l’observateur extérieur. Il en résulte une intéressante dualité de témoins.

Il y a toutefois quelques longueurs, malgré la charge poétique de certaines images ou métaphores du texte. Il faut dire que cette création, présentée à la Semaine mondiale de la marionnette dans une version de 15 minutes, prend ici une forme allongée à l’invitation du Théâtre de La Manufacture. Peut-être sentons-nous un peu trop l’adaptation de la structure. Les chansons sont moins justifiées et les allusions à Roosevelt (à propos de l’appellation Teddy Bear), un peu boiteuses. Mais qu’importe, l’entreprise ravit.

Les 16, 17, 30 et 31 mai et les 6, 7, 13 et 14 juin
À La Petite Licorne
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